Parlons des possessifs avec Francis

Des possessifs pas si possessifs
21 septembre 2026
L’appellation qu’on attribue aux adjectifs et pronoms possessifs sert à définir leur usage le plus évident. Ils indiquent un lien de propriété. Ainsi quand je dis que tel objet est mon chapeau, c’est parce qu’il m’appartient et que c’est moi qui le porte. S’en emparer, c’est commettre un vol.
Pourtant, il est des usages très fréquents des possessifs qui servent plutôt à marquer une forme de lien. Ma main ne m’appartient pas tant qu’elle fait plutôt partie de moi. Dire ma main signifie surtout que j’en ai l’usage exclusif, mais je ne saurais la vendre, bien que n’est-ce pas ce que l’on fait de nos corps lorsque nous louons nos services aux employeurs ?
Ma maladie n’est pas tellement un objet que je possède. C’est une condition qui m’affecte. Elle me possède plutôt que l’inverse. Ne croyez-vous pas ?
Quand je dis mon propriétaire, non seulement ce n’est pas moi qui possède le propriétaire, mais j’ose croire que je ne suis pas non plus sa propriété. Tout le monde comprend qu’il est propriétaire du logement que j’occupe. Ce logement, je n’hésite pourtant pas à l’appeler mon appartement même si je ne le possède pas.
Si je parle de ma ville, personne ne s’imagine que je possède Montréal. Il s’agit simplement de la ville où j’habite.
Mon père n’est pas non plus un objet dont je serais le détenteur. C’est le lien de filiation qui est alors souligné. Si autrefois les parents se croyaient propriétaires de leurs enfants, on ose imaginer que notre société a évolué au point où il est question maintenant d’un lien de responsabilité et d’amour lorsqu’on parle de ses enfants.
Quand un homme disait ma femme, il y avait hélas autrefois, et sans doute encore chez les masculinistes, cette notion de propriété. Mais chez les personnes un peu émancipées mon homme ou ma femme désignent en fait un lien d’affection.
Finalement, chaque fois que je prononce les mots mon amoureux, j’emploie une forme qui marque l’intensité du lien. Ce n’est pas qu’il m’appartienne, mais que je ressens une affection infinie à son endroit. Je ne vois pas autre chose dans ce « possessif » qu’une valeur d’intensité et, plus le mon est accentué, plus l’intensité est grande au point en fait de révéler une dévotion qui remettent à lui ma personne entière. C’est un possessif plus du tout possessif, mais devenu intensif.
LAGACÉ, Francis
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