lundi 29 juin 2026

Comment ça va ?

 

Voici un texte de Francis que je vous invite à lire

Comment ça va ?

 

28 juin 2026

Mon cher Arthur,

Tu ne m’as jamais posé cette question. Tu avais saisi qu’il m’est impossible de comprendre ce qu’elle signifie vraiment. En corollaire, je n’arrive jamais à y répondre correctement.

Tu as compris que je me demande ce qu’on veut savoir : si je ressens de la douleur, si je suis content de mon sort, si mes projets vont bon train, si j’ai des tracas, si l’amour est dans l’air, si j’ai le moral... C’est tellement vaste...

De toute façon, est-ce qu’on accepterait une autre réponse que : « Ça va bien » ?

Toi, tu t’y es fait. Tu acceptais de répondre machinalement : « Ça va bien ». Le Comment ça va ? des Montréalais étant l’équivalent du How do you do ? de certains Anglo-Saxons, auquel on ne répond pas I’m doing fine ni I’m doing bad, mais bien par un autre How do you do ?

Même pendant cette horrible maladie qui t’a emporté, tu as continué à enchaîner les Ça va bien pour sacrifier à la coutume.

Je t’entends, cher Arthur, qui comprends toujours l’humaine humanité. Tu as bien raison de me le dire : ce n’est pas leur faute. Personne ne fait exprès de me troubler avec cette question. C’est d’une part l’habitude, tout le monde fait comme ça, puis c’est une volonté aimable de s’informer de mon humeur, de ma santé, etc.

Mais quand on vit un deuil, je trouve cette question cruelle parce que je fais la moyenne des moments de joie et des moments de tristesse. Naturellement, la tristesse l’emporte. Et ce n’est ni de la mauvaise volonté ni de l’apitoiement. C’est juste l’ordre des choses. Le contraire serait du déni.

Pourrais-je répondre « Ça va mal » ? Personne ne veut entendre cette réponse parce qu’on s’imagine que c’est terrible. Pourtant, c’est absolument normal. Si je répondais « Ça va bien », je mentirais effrontément et je me sentirais insincère, j’aurais l’impression de tricher. Tu sais bien que je n’ai pas cette insouciance. Il n’y a pas de raison que je me sente bien quand la galaxie dans laquelle je vis n’a plus d’étoiles, seulement des planètes éteintes et des trous noirs.

Le soleil qui m’illumine n’est pas dans l’espace. C’est toi dans mon cœur.

J’ai lu un paragraphe de l’un de ces philosophes de supermarché qui comparait la mort d’un être cher à un pavé dans la mare, à tout l’affolement que ça suscite, puis au calme qui revient. Ce prétentieux faux humble a la sensibilité d’une brute. D’abord, la mort de l’amour de sa vie n’est pas la perte d’un être cher, mais le deuil de sa propre vie.

Ça ne se compare pas à la perte d’un père, d’une mère, d’un frère, d’une sœur, d’un·e ami·e, y compris le·la meilleur·e ; je le sais, je les ai toutes vécues. Même mis ensemble, tous ces deuils n’arrivent pas à la cheville de l’incommensurable deuil du grand amour de sa vie.

Ensuite, comparer ce deuil terrible à un pavé dans la mare illustre un manque d’empathie digne d’un robot. Ce n’est pas un dérangement dans la mare, c’est l’étang au complet qui a été passé au bulldozer. Il est et restera méconnaissable.

Tu vas sans doute créer une tornade au-dessus du jardin où j’ai répandu tes cendres. Tu sais ce que notre amie Cécile a répondu quand je lui ai expliqué ça ? Elle a dit : « Je crois que tu exagères. » J’ai répliqué : « Tu ne sais pas de quoi tu parles, alors n’en parle pas. »

Les personnes que je connais qui ont connu un deuil comme le mien, m’ont dit qu’il y faut au moins trois ans. Et je les crois.

Les gens s’imaginent que parce qu’on a vécu longtemps ensemble, la passion s’émousse. Ce n’est pas vrai. La passion sexuelle peut être moins forte, mais la passion du cœur ne cesse de croître. Quand elle a crû pendant 37 ans, elle ne s’éteint pas en six mois, pas même en 36.

Bien sûr que je connaîtrai d’autres joies. Ça m’arrive déjà. Mais, je ne retrouverai pas le bonheur parce que je ne l’ai pas perdu. Il s’est juste arrêté là, et il est pour toujours dans ma mémoire. Ce souvenir que je chéris est beaucoup plus important que la recherche d’une reprise chimérique.

C’est exactement comme lorsque j’ai arrêté d’enseigner. La relation avec les étudiant·e·s était au sommet. Continuer n’aurait fait que m’emmener sur l’inéluctable pente descendante.

Comme je te le disais dans ma précédente lettre, j’ai retrouvé de l’entrain pour mes modestes projets, mais rien ne sera comme avant.

Encore une fois, tu as raison de me rappeler que les injonctions au bonheur et à se sentir bien partent d’une bonne intention, même si objectivement c’est brutal. Elles ne nous permettent pas de vivre la tristesse, de l’équilibrer par les bons souvenirs. Les bons souvenirs font, eux aussi, pleurer. C’est ça qui est sain, pleurer et faire face à un monde changé pour toujours. Pas faire semblant.

Je sais, mon adorable Arthur, tu comprends toujours sans juger. Tu te rappelles, tu as consacré toute une année à me consoler de la mort de mon père.

Les ami·e·s ont la sagesse de nous accompagner sans prétention. Iels savent qu’iels aident à éclairer le chemin juste par leur présence.

Et, toi, Arthur, tu te chargeras de me consoler de ta propre mort.

Merci mille milliards de fois, mon amour !

Ton Julien pour l’éternité.


LAGACÉ, Francis

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mardi 23 juin 2026

Orwell, Huxley, Lénine, Zamiatine et moi

 

Francis nous parle d’ Orwell, Huxley, Lénine et Zamiatine

Orwell, Huxley, Lénine, Zamiatine et moi

 

22 juin 2026

La chanson de Marie Laforêt, « Ivan, Boris et moi », m’a inspiré le titre de ce billet. Les plus vieux s’en rappelleront.

Grâce à mon ami Sergio, j’ai entendu parler d’Evguéni Zamiatine, l’auteur de Nous. Ce roman écrit en 1920 a servi d’inspiration à 1984 de George Orwell. Je l’ai lu avidement, puis ai décidé de « relire » 1984, pour me rendre compte qu’en fait je ne l’avais jamais lu. Je confondais avec Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley.

Les ressemblances entre Nous et 1984 sont frappantes et le scénario en est presque identique. Dans un monde dystopique, les gens sont surveillés et ne peuvent pas échapper à une sorte de police de la pensée. L’autorité suprême est représentée par le Bienfaiteur chez Zamiatine ou Big Brother chez Orwell. Ce chef fait disparaître les personnes fautives et personne ne semble s’en offusquer. La pensée autonome est réduite au minimum. L’instinct sexuel est, comme dans le cadre de tout totalitarisme (qu’il soit religieux ou politique), strictement encadré et réglementé.

Dans les deux cas, le héros, qui porte un nom chez Orwell (Winston), un numéro chez Zamiatine (D-503), rencontre une femme, commet des gestes interdits avec cette personne et, en cherchant l’aide d’un tiers, se fait trahir.

Dans les deux œuvres, le héros écrit un journal. La grande originalité du narrateur de Nous est qu’il lègue ses écrits aux lecteurs du passé, car aucun futur différent du présent n’est envisageable.

Même le motif passager des trois personnages mythiques qui s’opposent au régime est repris dans 1984. S’ils sont anonymes chez Zamiatine, ils ont des noms chez Orwell, mais on s’empresse de préciser qu’ils n’ont jamais existé (légende chez l’un, hallucination chez l’autre).

Le lieu qui cristallise le monde rejeté par la nouvelle société est représenté par une vieille maison à l’orée des régions sauvages chez Zamiatine. Chez Orwell, il s’agit d’un appartement vieillot et oublié.

Dans la dystopie de Zamiatine, tous les murs sont en verre et chacun·e vit à la vue de tout le monde. Les stores sont baissés lorsque les relations sexuelles programmées sont permises. Dans la société décrite par Orwell, la surveillance est exercée par le télécran domestique, auquel on ne peut échapper qu’en s’installant de côté pour se trouver dans un angle mort. On comprend qu’une disparition prolongée de la vue sur écran provoquerait une enquête.

À la fin des deux romans, l’ordre est rétabli, car on ne peut échapper à ces sociétés fermées et implacables.

Dans Nous, le bonheur est présenté comme une absence totale de liberté. Aucun choix n’est plus nécessaire ; tout ce qui est bien et bon a déjà été choisi pour le citoyen·la citoyenne. On doit donc être heureux malgré soi. Ce roman nous offre une bonne réflexion sur la liberté et la surveillance.

Dans 1984, le développement sur la guerre en explicite l’utilité. Elle est perpétuelle mais impossible à gagner à cause du danger nucléaire. Cela maintient donc l’équilibre des forces en présence (exactement comme c’est le cas aujourd’hui). On comprend ainsi le sens profond du slogan « La guerre, c’est la paix ».

Dans 1984 apparaît le concept de double pensée qui correspond exactement aux discours contradictoires de notre Trump contemporain ou de son copain Macron, discours que ce dernier appelle pompeusement la « pensée complexe ». Comment contester une chose qui est à la fois tout et son contraire ?

Le futurisme de Nous trouvera son écho dans Métropolis le film de Fritz Lang (1927), inspiré du roman du même titre de Thea von Harbou (1926).

J’ai trouvé le style de Zamiatine beaucoup plus fluide, riche et poétique. Orwell est plus technique et banal. En donnant peu d’explications, le premier cultive le mystère d’un monde futuriste dont il faut accepter qu’on ne comprend pas tout. Ça me paraît plus efficace que les descriptions d’Orwell, qui se veulent plus réalistes.

D’ailleurs Zamiatine est connu pour son habileté stylistique. Dans ses lettres à Lénine, il imite le style même de son destinataire. Cela ajoute à l’effet de conviction.

« C’est la motivation esthétique qui est première chez Zamiatine, et non la motivation réaliste ou idéologique comme chez Bounine ou Gorki » nous apprend Michel Niqueux dans une étude sur un récit de Zamiatine intitulé Choses de province.

Voilà qui explique bien ma préférence pour le bon Evguéni.

LAGACÉ, Francis

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vendredi 12 juin 2026

Souvent

 

Voici ma pensée que je partage avec vous

Souvent

Par Sergio de Rosemont

Souvent ceux qui nous font le plus mal moralement, sont ceux qui pourtant nous aiment et que nous aimons.

Et souvent, très souvent, trop souvent quand ils le font, ils en ont même pas conscience.

Parfois, ils peuvent être de votre famille ou bien faire partie de vos amis.

Mieux vaut mieux leur pardonner, car ils n’avaient vraiment pas conscience de l’impact de leur parole ou de leur geste sur vous.

Ils ne réalisent pas que dans votre âme, dans votre cœur, que pour vous que cette douleur pouvait être ressentie comme une blessure infligée par une lame de rasoir.

Une douleur qui se diffuse dans votre être, dans vos entrailles comme un poison.

Une douleur qui, parfois, souvent, reste burinée sur votre âme et votre cœur.

Et parfois, plusieurs années plus tard, alors qu’on croyait ce mauvais souvenir oublié, il nous revient dans l’âme, le cœur à travers la mémoire.

Il nous revient avec la délicatesse d’une tonne de brique qu’on reçoit en pleine face !

mardi 9 juin 2026

Qu’est-ce que le bénévolat ?

 

Francis nous parle de bénévolat

Qu’est-ce que le bénévolat ?

 

6 juin 2026

Mon père n’aimait pas beaucoup les incitations au bénévolat quand celui-ci consistait à faire partie de ligues de bonne vertu, à parader dans les manifestations caritatives et à tenter de se mériter le ruban bleu des congrégations édifiantes.

Dans sa conception des choses, le bénévolat signifiait des actions discrètes non sollicitées, fréquentes mais non prévues, anonymes si possible. Se vanter d’être bénévole était le contraire du bénévolat. Sans aucune vergogne, j’affirme penser de même.

Quand je suis arrivé à Montréal, je me suis inscrit à des activités de bénévolat pour des événements populaires. C’est tout juste si on ne nous payait pas pour ce « bénévolat ». On nous gratifiait de sacs à dos, t-shirts, tasses, casquettes, cahiers, crayons et panoplie de gadgets, certes inventifs mais peu utiles. Une fois l’événement passé, on nous invitait à une fête tonitruante dans une salle de bal ou une discothèque. On y avait droit à une boisson gratuite et à des coupons de participation à des tirages dont les prix rivalisaient de glamour.

À la longue, ce genre de flamboyance m’a franchement dégoûté. J’ai préféré m’inscrire dans une équipe bénévole de téléphonistes lors de campagnes électorales. J’ai aussi gracieusement participé à la mobilisation syndicale sans solliciter de libération bien avant d’occuper un poste au comité exécutif.

Et voilà que, récemment, j’ai voulu faire partie des guides bénévoles pour un organisme culturel. Cette fois, le bénévolat nécessitait une formation longue (je n’ai rien contre), mais payante. Il fallait s’acquitter de frais pour chacune des sessions. J’ai tourné les talons.

À l’exemple de mon regretté paternel, je constate ma discordance avec la conception courante du bénévolat. Pour moi, ce n’est ni une course au ruban bleu, ni un engagement rémunéré ni une activité pour laquelle on doit faire des versements à termes.

LAGACÉ, Francis

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jeudi 4 juin 2026

Quand il ne nous reste que des images

 

Voici ma pensée que je partage avec vous.

Quand il ne nous reste que des images 

 

Par Sergio de Rosemont

Quand il ne nous reste que des images, de nos chers disparus.

Ou que des objets souvenirs de nos chers disparus.

Des êtres qui faisaient partie de notre vie, de notre existence, de notre réalité.

Ceux avec qui nous partagions joies et peines.

Ceux / celles avec qui nous avons partagé des histoires, des aventures.

Ceux / celles avec qui nous avons partagé des combats.

Des victoires et parfois des défaites.

Mais ces êtres chers disparus, ça peut aussi être de nos animaux familiers qui faisaient eux aussi de notre famille.

Maintenant, ce qui nous reste d’eux ; une plante souvenir, héritage de notre défunte épouse.

Des objets souvenirs d’eux sur les meubles.

Des photos souvenirs de nos chers disparus accrochés sur un mur du salon.

Mais ces êtres chers, maintenant dans un autre monde, peuvent garder une attache avec nous dans notre âme.

Donc, ces êtres chers disparus existent toujours, mais dans un autre monde !