Laissons la parole à Francis
Les petits comiques du Québec
30 avril 2026
Quand j’étais enfant et que je lisais des bandes dessinées, certaines vieilles personnes et même des plus jeunes, comme les camarades de classe, me disaient : « Tu lis des comiques, tu lis des petits comiques. » Mais d’autres pouvaient tout aussi bien dire : « Tu lis des mottés, tu lis des petits mottés. »
J’ai longtemps cherché l’origine de ce terme bizarre. Il ne servait qu’à désigner les personnages de bandes dessinées. Cependant, par extension, on traitait parfois de « motté » une personne fantasque au comportement absurde. « C’est rien qu’un motté », disait-on. En ce sens, on pourrait dire de l’actuel président états-unien que c’est un « vrai motté ».
Grâce à Mira Falardeau, qui a publié en 2008 Histoire de la bande dessinée au Québec, j’ai appris que la première bande dessinée québécoise de langue française a été publiée le 30 janvier 1904 dans le journal La Patrie. Son auteur était Albéric Bourgeois et ça s’intitulait Les Aventures de Timothée. Cette BD a connu du succès et elle a été la seule accessible à nombre de francophones au début du XXe siècle.
En apprenant cela, le déclic s’est produit. Il y avait des lecteurs de BD qui lisaient des ti-comiques, anglophones, et d’autres qui lisaient des Timothée. Par association et par déformation, sans qu’on ait conscience qu’il s’agissait du nom d’un personnage, de la même manière qu’un réfrigérateur est devenu un frigidaire, le nom propre a servi à désigner toutes les bandes dessinées. On lisait des « Timothée », qui sont devenus avec l’oubli du mot d’origine des petits mottés. Mystère résolu.
À partir du moment où Les aventures de Timothée n’étaient plus dans le paysage, les autres bandes dessinées, appelées aussi Timothée par les francophones, ne référant plus à un nom propre, mais à un nom commun, l’on en a déduit que les ti-comiques pouvaient aussi s’appeler des ti-mottés et que, donc, les personnages étaient des « mottés ».
Ce n’est pas la seule information intéressante que l’on tire de cette étude fort instructive. Qui sait par exemple que la première éditrice de journal au Québec s’appelait Marie Mirabeau et qu’elle a exercé en 1781 et 1782 pendant que son mari, Fleury Mesplet, fondateur de la Gazette de Montréal, croupissait en prison pour avoir prôné une union avec les États-Unis.
On apprend aussi que la première super héroïne de BD canadienne Nelvana of the Northern Lights, publiée en 1941, est inspirée de la mythologie inuite.
On rappelle également à notre mémoire les aventures d’Onésime et de son épouse Zénoïde, écrites et dessinées par Albert Chartier. Cette BD a fait les délices des lecteurs du Bulletin des agriculteur, dont votre serviteur, pendant 59 ans.
Qui se souvient que, pendant l’Expo 67, il y avait un Pavillon de l’humour faisant bonne place à la caricature tout en y associant les arts populaires et primitifs, et qui abritait alors le Salon international de la caricature ? Ledit salon s’est doté d’un volet bande dessinée en 1971.
Comme quoi l’humour n’est pas né avec les années 1980 et son histoire est liée à l’évolution de la population, laquelle est passée des chansons satiriques aux caricatures, aux bandes dessinées, aux fanzines papier et aux webzines sans que les formes nouvelles n’éliminent les anciennes.
LAGACÉ, Francis
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SITE DE FRANCIS LAGACÉ
www.francislagace.org
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