mardi 2 juin 2020

Rattrapage culturel : un livre et un film


Francis nous parle de rattrapage culturel


Rattrapage culturel : un livre et un film 

31 mai 2020

Le confinement m'aura permis de combler au moins deux des innombrables trous qui tapissent l'infinie passoire de mon fonds culturel. Ce sont par ailleurs deux contributions que je dois à la complémentarité de mon conjoint.

1. Le livre : la puissance des baudruches

Dès 1980, on faisait grand cas dans mon entourage, j'avais étudié en lettres, du roman Les puissances des ténèbres d'Anthony Burgess, traduction de Earthly Powers. « Il faut absolument que tu lises ça, Francis. »

Je ne me le suis jamais procuré et n'ai jamais vraiment senti le goût de lire cet ouvrage. Quand j'ai emménagé avec celui qui partage ma vie, j'ai constaté qu'il possédait ce titre dans sa bibliothèque. Il l'avait lu et n'en gardait pas grand souvenir. Il a souvent voulu le jeter, mais je lui ai dit de le garder, car un jour peut-être je le lirais. La mise sur pause du Québec en mars 2020 allait me fournir cette occasion.

Si je n'ai pas abandonné la lecture après 30 pages (le délai de grâce que je laisse à tout ouvrage pour attiser mon intérêt), c'est que j'avais du temps en masse et que je me préparais déjà à faire le parallèle avec Sodoma, le grand reportage que j'ai démoli ici même le 19 avril 2019. Tout comme ces fameux articles vides et prétentieux des magazines pipole, l'écriture relève d'un procédé répétitif qui consiste à planter un décor et à exposer sa complaisance en jetant des noms et des titres d'œuvres en pâture aux amatrices•amateurs.

On aurait pu résumer ces plus de 700 pages en à peu près 100. Les descriptions superficielles et les anecdotes sans suite ne suffisent pas à donner du contenu ni une structure à un récit qui ne devient intéressant que vers la page 500, mais qui, encore trop souvent, est interrompu par des scènes nettement superfétatoires.

On pardonnerait volontiers au narrateur (que l'on soupçonne de ressembler drôlement à l'auteur) d'avoir placé saint Pierre sur le chemin de Damas plutôt que saint Paul, d'avoir devancé de quatre ou cinq ans la commercialisation du synthétiseur de monsieur Moog et d'avoir avancé de plus de 10 ans Jonestown et son massacre sectaire tout en le plaçant en Californie, si la jaquette de France Loisirs ne nous annonçait un genre de Crimes et châtiments et si résumant, dit-on, la critique anglaise et américaine, on ne nous présentait l'affaire comme ni plus ni moins que « le roman du siècle ».

Or, loin de résumer une époque en l'incarnant dans le destin d'un homme, comme l'a fait Robert Musil pour la Belle Époque dans son Homme sans qualités, on a ici un homme « avec qualités », singulier et sans aucun ancrage véritable. Au lieu de voir le siècle à travers lui, on le voit se pavaner de manière narcissique, les éléments de contexte historique ou géographique ne servant que de prétexte à donner un « effet de réel », auquel on n'arrive pourtant pas à croire, car on voit surtout là un artifice qui offre l'occasion de multiplier les descriptions ennuyeuses, pas du tout révélatrices, mais certainement très utiles pour remplir des pages. Le narrateur aurait pu faire toutes ses pirouettes en un seul pays, en une seule ville, ou même dans une prison au fond du désert : le siècle lui est parfaitement indifférent et ne lui sert que de décor factice.

On nous promet de nombreuses scènes où l'on s'esclaffera, et d'autres où l'on aura le cœur déchiré. J'ai souri trois ou quatre fois et me suis assombri une ou deux fois. En 700 pages, c'est bien peu. Et l'on subit en plus cette irritante attitude de snobard britannique qui ne conçoit de civilisé que ce qui lui ressemble avec cette prétention absolument ridicule qu'on ne retrouve que chez les auteurs anglo-saxons selon laquelle ils sont les seuls à pouvoir parler des langues étrangères sans accent. Ne me dites pas que c'est de l'ironie, l'ironie laisse toujours des indices, il n'y en a ici aucun.

D'ailleurs, on se demande bien pourquoi le narrateur s'acharne contre les œuvres postmodernes, car son récit est typiquement postmoderne, ne comportant qu'une seule conclusion véritable : rien ne sert de s'engager, de prendre position ni de donner du sens à sa vie, l'important est de sauver ses fesses. Il n'y a pas d'histoire, seulement une série d'anecdotes déclenchée sous un prétexte oiseux dont le seul lien est qu'il s'agit des mêmes personnages, ce qui n'aurait rien d'obligé. Les personnages n'ont aucune épaisseur psychologique et n'évoluent pas, comme s'ils étaient apparus tout faits et définitivement formés comme dans les fables de la bible.

Ce genre de patchwork affirme la fumeuse illusion de l'individu souverain ignorant tout des déterminations sociales. En ce sens, il s'agit ironiquement d'une production tout à fait emblématique de la détestable Angleterre thatchérienne pour laquelle elle a été conçue.

Après avoir arraché la page où se trouve son ex libris, mon amoureux pourra enfin mettre ce pavé au recyclage.

2. Le film : un chef d'œuvre populaire

Je n'avais jamais vu, et c'est impardonnable pour un gai qui se respecte, le fameux Cléopâtre de Joseph L. Mankiewicz avec le fabuleux trio que constituent Elizabeth Taylor, Richard Burton et Rex Harrison.

Mon irremplaçable mari avait acheté, il y a plusieurs années, le DVD de l'édition du 50e anniversaire dans une boutique de vidéo qui fermait ses portes. Nous n'avions encore jamais entamé la cellophane qui en protégeait le sarcophage, après tout c'est quatre heures de visionnage.

Un rare dimanche où mon compagnon ne travaillait pas, nous avons décidé d'ouvrir le coffret et de nous installer devant le petit écran. Comme je savais que c'était une production hollywoodienne acclamée par toute la gaitude planétaire, je me péparais à être très sévère et à ne rien laisser passer devant mon œil critique.

La magie a tout simplement opéré. On pardonne aux scripteurs les bourdes historiques, notamment celle de faire apparaître le maïs 1500 ans avant la découverte de l'Amérique. On pardonne les breloques trop américaines pour être égyptiennes. On pardonne la copie de Roméo et Juliette pour la finale. On pardonne tout, car c'est un film fait pour plaire au grand public en lui donnant du contenu : une belle et forte histoire d'amours successifs avec un contexte politique, ici bien intégré dans le récit et non pas plaqué. On y croit parce qu'il y a des sentiments humains et des motivations, pas juste des gestes additionnés. On y croit parce que les personnages évoluent.

Les scènes de foule sont renversantes, les décors somptueux, les enchaînements entre les scènes sont solides et tous réussis. La photographie est époustouflante. L'ajout de scènes coupées au montage rajoute à la compréhension des caractères et donne encore plus de force à l'intrigue.

Si on peut regarder un film pendant quatre heures sans regarder sa montre une seule fois, sans décrocher une seule seconde, en étant même surpris de voir arriver la mention « entracte », c'est simplement que le long métrage est un succès. On nous en met plein la vue, mais ça ne sent pas le m'as-tu vu. Les actrices et acteurs ne se regardent pas jouer.

Il faut dire qu'on y a mis les moyens et que ce film fut extrêmement coûteux. Mais l'objectif en tout cas était de plaire au peuple en léchant tous les détails, pas en le méprisant, et on y est parvenu.

Francis Lagacé

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La crise sanitaire au Chili avec le Covid-19.


Voici la réalité sur une crise sanitaire :



La crise sanitaire au Chili avec le Covid-19. 

Par Sandra Cordero et Sergio de Rosemont

Nous avons eu le privilège de partager avec la chilienne qui vit à Santiago sur la situation du pays avec le Covid-19. Elle s'appellera Luisa afin de protéger son anonymat, pour sa sécurité personnelle.

Il est important de préciser qu'avant la pandémie, le Chili a vécu une crise sociale très significative du 18 octobre 2019 au 3 mars 2020 qui est comparable à la dictature du régime d'Augusto Pinochet * sinon pire et que plusieurs organisations qui ne se sont pas rendus au Chili et ont ensuite dénoncé vigoureusement les violations des droits de l'homme à grande échelle qui ont été violées au Chili La pandémie de Covid-19 a amplifié les inégalités sociales existantes.

Luisa nous informe qu'il y a 39,542 personnes infectées et 394 décès de Covid-19 selon les rapports officiels au Chili. La majorité des Chiliens sont en dessous du seuil de pauvreté et n'ont pas accès au test pour détecter Covid-19. **

Elle nous parle de sa cousine, caissière par profession, qui avait les symptômes d'un rhume, donc d'une personne à risque. Sa cousine voulait être testée pour le Covid-19 mais l'entreprise où elle travaille ne voulait pas payer pour le test donc ce serait à elle de payer. Elle est apparue dans le privé car le test est disponible là-bas. À la fin, elle n'a pas été testée et a été priée de revenir le lendemain.

Le test Covid-19 coûte 40,000 pesos ou 80 $ CAN pour quelqu'un qui n'est pas assuré. Puisqu'elle a une assurance liée à son travail, elle devra payer 25,000 pesos ou 50 $ CAN. Elle devra également payer pour la consultation, qui s'élève à environ 20 20 $CAN puisqu'elle est assurée. C ' est beaucoup d'argent avec lequel elle pourrait se permettre 2 semaines de transport en commun. Le salaire minimum au Chili est de 300,000 pesos par mois, soit 600 $CAN.

Lorsqu'un employé appelle son employeur pour lui dire qu'il est malade, l'employeur lui dit de rester avec eux pendant une semaine et sans salaire. Selon Luisa, les patrons au Chili n'ont pas pris leurs responsabilités pour faire tester leurs employés.

Le système de santé publique est entre les mains des néolibéraux. Fréquemment, le gouvernement contracte plusieurs services de santé tels que les examens, les chirurgies, etc. au lieu d'investir dans le système public. Le système public chilien est de pire en pire.

Les urgences s'effondrent. Les travailleurs de la santé envoient des patients atteints du Covid-19 de Santiago dans d'autres provinces parce qu'ils sont à pleine capacité. Les infirmières ont demandé au gouvernement plus de lits car il y a trop de malades. Aussi, les services sont réduits et les aidants sont stressés. Deux travailleurs de la santé sont morts à la suite de Covid-19. Les infirmières se sentent abandonnées à leur sort par le gouvernement de Pinera puisqu'il a ignoré leurs demandes.

Beaucoup des patients Covid-19 sont piégés pendant des heures dans des ambulances pour être déplacés en dehors de Santiago. Les ambulances sont bloquées dans leur travail car elles ne peuvent pas confier leur patient au personnel hospitalier. C 'est le chaos !

Le gouvernement de Sebastian Pinera n'a pas donné l'équipement nécessaire au personnel médical pour se débarrasser des corps du défunt. Ainsi, le personnel est obligé de se débarrasser du défunt dans des sacs inappropriés et il est moralement difficile pour eux de le faire (voir photos ci-dessous).

Remarque, que Mr. Jaime Manalich est dans un conflit d'intérêts non pas parce qu'il est médecin mais parce qu'il est actionnaire d'une clinique de santé privée nommée Las Condes *** et est également sous-traitant du gouvernement tout en étant ministre de la Santé. Les hôpitaux privés au Chili fonctionnent sous le nom de cliniques.

Selon Luisa, il est étrange que pour le Chili avec 19 millions d'habitants ne compte que 39,542 personnes infectées et 394 décès de Covid-19 et que le Mexique qui compte 127 millions d'habitants compte 45,032 personnes infectées et 4,767 personnes sont mortes. Le Chili est un petit pays et compte beaucoup de personnes infectées, 6 fois plus que le Mexique. Le gouvernement chilien ne gère pas bien la crise. Les 394 personnes mortes sont une figure douteuse selon Luisa pour le nombre de personnes infectées.

De plus, entre mars 3 et avril 3, 4,201 personnes sont mortes de maladies respiratoires. Le registre officiel rapporte 394 personnes mortes de Covid-19. Après quelques jours de notre interview avec Luisa, le gouvernement de Pinera a classé les 4,201 personnes mortes de maladies respiratoires comme des décès de Covid-19. Ceci montre qu'il y a des manipulations de données de la part de ce gouvernement sur le Covid-19 et c'est troublant.

Le ministre de la Santé a récemment déclaré à la télévision que le Chili possède le meilleur système de santé de la planète. Son gouvernement appelle ça la nouvelle normale. Le président Pinera ne contrôle pas le Covid-19 et cache l'info selon Luisa. Il y a des preuves que beaucoup plus de gens meurent. Par exemple, il y a eu un cas où le personnel hospitalier a dénoncé la gestion de leur propre hôpital, qui a nié le nombre de personnes mortes de Covid-19 dans son établissement. La dénonciation a été faite en envoyant des photos des patients décédés de Covid-19 par certains membres du personnel infirmier dans les réseaux sociaux. Après avoir été interrogé par les médias, la direction de cet hôpital a admis les faits.

Selon Luisa, les fonctionnaires qui apparaissent à la télévision sont souvent en collusion avec le régime Pinera.

Luisa semble nous faire comprendre qu'il n'y a pas de grande opposition au Chili. La vraie gauche est presque nulle. Les partis d'opposition ne jouent pas leur rôle. Quelqu'un voulait intenter une action en justice contre le président actuel du Chili parce qu'il avait escroqué la banque de Talca **** il y a 33 ans, mais la procédure a été abandonnée. Si quelqu'un veut poursuivre les accusations, il faudrait passer par le Sénat et ceux de droite seront absents pour ne pas nuire au régime. Lorsqu'il y a des questions importantes pour le peuple, l'opposition manque ou s'abstient pendant le vote. La gauche est si petite et n'a aucun pouvoir au Chili.

En terminant, je vous invite à voir le lien Wordomètre ci-dessous pour découvrir comment le Covid-19 a évolué à travers le monde.

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*: Lien Wikipédia d'Augusto Pinochet :



**: Étude de l'OCDE sur la pauvreté et la vunérabilité des Chiliens :


ou

***: lien avec l'article en espagnol :


****: lien pour vol de la banque Talca par Sebastian Pinera : 


Lien Worldomètre où vous pouvez voir le nombre de personnes infectées dans le monde :



P. S.: Veuillez noter que ce texte est la transcription d'un échange internet tenu le 15 mai 2020 et que depuis que la situation au Chili a évolué.



lundi 18 mai 2020

Respecter l'autonomie des vieilles et des vieux


Laissons la parole à Francis


 Respecter l'autonomie des vieilles et des vieux 

2 mai 2020

La pandémie actuelle est une situation inédite pour le 21e siècle. Il est certain qu'il a fallu des tâtonnements pour essayer de la contenir et protéger les populations vulnérables

Maintenant que l'on sait que la situation exceptionnelle risque de durer longtemps, maintenant que l'on sait que les risques de complications et de décès sont surtout liés à des facteurs de comorbidité comme le diabète, les maladies pulmonaires, les problèmes de tension élevée et les maladies du cœur, il serait bon de revenir pour y penser sérieusement sur la façon dont on traite les vieilles personnes.

On a dit aux personnes âgées de 70 ans et plus de ne pas sortir de chez elles, même pour marcher, même pour faire son épicerie. Or la marche est un élément qui renforce la santé. Emprisonner les personnes âgées bien portantes dans leur chambre a des effets délétères : affaiblir leur tonus musculaire, déprimer leur système nerveux central, ce qui conduit à de mauvaises décisions et à des pensées noires, réduire la capacité cardio-pulmonaire, ce qui les rendra plus vulnérables aux infections, réduire leur appétit et diminuer par conséquent une saine alimentation, diminuer leur capacité à bénéficier d'un sommeil réparateur, priver leur système des effets bienfaisants de l'air frais et du soleil...

Maintenant que l'on sait qu'une personne active et en bonne santé de 70 ans sans comorbidité est moins à risque qu'une personne atteinte d'un diabète incontrôlé de 50 ans, pourquoi la deuxième a-t-elle le droit de faire son épicerie et pas la première ?

Pour la suite des choses, il serait bien avisé que l'on inclue des personnes de plus de 70 ans dans les comités de réflexions sur les mesures de santé et sur les politiques gouvernementales. Ce serait faire preuve d'un âgisme douteux que de déresponsabiliser les vieilles personnes et de ne pas reconnaître leur capacité à faire des choix éclairés.

Francis Lagacé

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Les observations d'un con•finement


Laissons Francis nous parler de con-finement


Les observations d'un con•finement 

6 mai 2020

Il était impossible de rester huit semaines en état d'urgence sans faire de remarques sur notre comportement individuel et collectif. Voici donc 20 observations de confinement. Les personnes abonnées à ma page Facebook et à mon compte Twitter en auront vu passer la majorité séparément et dans le désordre. Je vous les présente ici en entier, toutes ensemble et dans l'ordre où elles me sont venues.

1. Pourquoi y a-t-il si peu de masques et de gants dans les hôpitaux et tant sur les trottoirs ?

2. Il n'y a plus de farine sur les tablettes parce que tout le monde fait son pain. Et il n'y a plus de pain industriel sur les tablettes parce que personne ne mange du pain raté que ti-Jos connaissant a fait n'importe comment.

3. Tourisme épicier : activité inventée pendant la crise sanitaire qui consiste à partir avec son gros char, à le remplir de sac de provisions achetées dans une épicerie pour partir dans une épicerie voisine le remplir à nouveau de gros sacs de provisions, puis réitérer l'opération jusqu'à ce que le gros char ploie sous le poids des emplettes.

4. Les chômeuses et chômeurs québécois sont invité•e•s par le ministre de l'Agriculture à venir travailler dans les champs afin d'aider les producteurs agricoles. Gageons qu'il n'y en aura pas des masses pour répondre à l'appel. Gageons que parmi celles et ceux qui s'y essaieront bon nombre abandonneront en cours de route. On éprouvera enfin tout ce qu'on fait subir aux travailleurs migrants, qui laissent leur famille pour gagner une maigre pitance en faisant un travail dont les conditions sont peu reluisantes.

5. La caque sent toujours le hareng

Le Premier ministre Legault, le bon père de famille qui rassure son peuple, n'a pas été long à retrouver ses bons vieux réflexes anti-syndicaux. En prétendant assumer l'entière responsabilité du fiasco des CHSLD, il profite d'un raccourci selon lequel augmenter unilatéralement, il y a quelques mois, les salaires des préposé•e•s aux bénéficiaires en passant par dessus les négociations collectives, « C'est pas facile négocier avec les syndicats. », il aurait réglé la situation déplorable d'institutions cassées par des dizaines d'années de dérives managériales. Il aurait ainsi effacé 40 ans de néolibéralisme, aurait ressuscité l'ardeur des préposé•e•s et fait disparaître la voracité des propriétaires d'établissements privés. Quel simplisme !

6. Les crises sont toujours un révélateur. Dans le mouvement social de 2012, j'avais fait un bon ménage dans mes correspondant•e•s Facebook qui s'alignaient sur la répression. De même, aujourd'hui je me rends compte que certain•e•s n'ont que faire des plus vulnérables.

7. Les bénévoles qui viennent de l'extérieur pour aider un milieu contaminé doivent mettre l'épaule à la roue, mais sûrement pas la main à la pâte.

8. Aux États-Unis, on a découvert la panacée : chacun•e s'équipera d'un gun pour cribler de balles le méchant virus.

9. Le masque sert à éviter de respirer les gouttelettes des autres et à protéger les autres de nos propres goutelettes. Avis aux personnes qui portent un masque en conduisant en solo leur voiture.

10. Des citoyen•ne•s du Québec installé•e•s en Chine pour y profiter du turbo-capitalisme qu'on y pratique se réjouissent d'être pisté•e•s par leur téléphone. « C'est pour leur bien. »

11. Il y a tellement de bla-bla dans les discours de Trudeau que l'on devient distrait et que, finalement, on en rate le contenu... quand il y en a.

12. Isolées et maltraitées, nos personnes âgées sont devenues ali-aînées.

13. Un certain virus a transformé des sociopathes qui ont détruit nos conquis sociaux à la hache en experts dont on sollicite l'avis.

14. On ne sait plus comment appeler les personnes âgées. On ne trouve plus qu'aîné•e•s fait l'affaire. On propose le doux euphémisme de sages. Quant à moi, je suis un vieux et je trouve que l'appellation convient parfaitement.

15. Les savants perdent leur bon sens et parlent de « patient zéro » pour désigner le premier patient. Si on ajoute les 100 patients suivants, ça nous donne 100 + 0 = 100, au lieu de 101. Un zérotième patient, ça n'existe pas. Le premier patient est en toute logique le patient numéro 1. Zéro n'est pas un nombre naturel et, comme me le disait mon prof de math en première secondaire, on ne dit jamais : « Je compte zéro vache dans le champ. »

16. Plusieurs pays investissent dans la recherche pour trouver un vaccin ou des médicaments, mais on dirait qu'aucun ne songe qu'en nationalisant les pharmaceutiques ils se garantiraient un approvisionnement continu et des prix raisonnables.

17. Pendant la crise sanitaire, dans les gares, on ne rencontre plus celleux qui ont réussi et qui ne servent à rien. On ne rencontre que celleux qui ne sont rien et sans qui celleux qui ont réussi seraient incapables de se nourrir.

18. Le nouveau mantra très intelligent des néolibéraux : « Après plus rien ne sera pareil, car il faudra que tout reparte exactement comme avant. »

19. Les personnes qui se dévouent dans les hôpitaux et les établissements de soins de longue durée ne sont pas en guerre, elles ne se battent pas contre un ennemi. Elles soutiennent à bout de bras des infrastructures de santé délabrées par des décennies de néolibéralisme. Elles soignent des personnes malades ; elles aident à réparer des êtres vivants pour reprendre à ma façon le titre du roman de Maylis de Kerangal.

20. Avec les femmes qui portent des foulards pour cacher la repousse des cheveux et tout le monde qui se met au masque, on va se rendre compte que les lois qui les bannissent dans l'espace public sont un peu ridicules.

Francis Lagacé

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mardi 5 mai 2020

Le mystère de l'Ouest


Laissons Francis nous parler de musique Country et Western.


Le mystère de l'Ouest 

22 avril 2020

Pour beaucoup, dans les milieux intellectuels, l'immense popularité de la musique Country et Western est incompréhensible. Quand j'étais adolescent et que je ne jurais que par le rock et la musique dite progressive, on faisait état de ventes de disques nettement supérieures à toutes les autres catégories pour cette musique aux guitares plaignardes et aux voix parfois nasillardes. Les vedettes de ce genre durent très longtemps et elles font des carrières très prospères même en étant boudées par les médias généralistes, dont elles sont parfois complètement inconnues.

Des succès ont pourtant percé les ondes, qu'ils soient de Johnny Cash ou de Renée Martel, et le genre n'a cessé d'influencer les stars les plus populaires, que ce soient Elvis, John Lennon ou, au Québec, Beau Dommage. Une chanteuse comme Guylaine Tanguay est aujourd'hui très reconnue et un excellent auteur-compositeur-interprète unanimement célébré comme Patrick Norman y a consacré la plus grande part de son répertoire.

Je n'ai pas tardé à comprendre ce qui faisait l'efficacité de cette musique. J'avais alors 17 ans et je connaissais ma première peine d'amour. Celui sur qui j'avais jeté mon dévolu ne s'intéressait pas à mon genre et le changement d'école pour l'année suivante ferait en sorte que je ne le reverrais jamais.

Cet été-là, un disque de succès de radio traînait dans la maison. Bien qu'étant en général indifférent à ce genre de compilation, je me mis, par désœuvrement, à en consulter la liste. Il y avait sur la dernière plage du premier côté de cette galette de vinyle une chanson de Joe Dassin, associée très clairement au genre country. Elle s'intitulait Salut les amoureux. Je l'ai passée un nombre incalculable de fois sous l'aiguille du stéréophone.

Écouter ces paroles simples sur une musique berçante me faisait du bien et me permettait de cuver ma peine sans qu'il y paraisse trop, car il ne fallait surtout pas que ça se voie. S'il avait fallu que je me mette à écouter Ne me quitte pas de Brel ou Avec le temps de Ferré, je me serais probablement pendu dans la grange, car contrairement à ce qu'écrivait Rimbaud, on est sérieux à mort quand on a 17 ans.

Survivre aux épreuves de la vie sans en faire une irrémédiable tragédie grecque, c'est là toute la force de cette musique qui convient aux personnes sans prétention. Quand on n'a pas le luxe d'un destin héroïque, on se dit qu' « Une simple histoire comme la nôtre/ Est de celle qu'on n'écrira jamais. » Et c'est ainsi qu'on pose un baume point trop coûteux sur des plaies qui ne doivent pas nous défigurer pour toujours.

Francis Lagacé

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Héroïsme et société


Laissons la parole à Francis


Héroïsme et société

12 avril 2020

Mon propre héros personnel est rentré du travail hier, samedi, en fin de journée complètement fourbu, épuisé par les hordes de clientes et clients qui se précipitent dans les allées pour vider les étagères, exigeant qu'il soit là pour les remplir à mesure et qu'en même temps il ne soit pas sur leur passage parce qu'elles et ils le voient comme un nid à virus. Mais pourquoi donc les commis d'épicerie ne sont pas comme les bonnes portugaises ? Invisibles et toujours à la merci de la clochette qui les commande ?

Sa mission ? À part recevoir les insultes et entendre les gémissements, cris, vociférations, lamentations, mélopées et autres dies irae d'une clientèle en proie à la détresse et à l'affliction, il est chargé entre autres de faire repousser l'herbe là où Attila et ses Huns sont passés. Au milieu du peuple qui déchire sa chemise, se frappe la poitrine et hurle au désespoir, il doit remettre du stock sur les tablettes en évitant de se faire frapper par les paniers véloces et de se faire enfoncer dans les étalages par le chaland•la chalande (on a envie de dire « l'achalant•l'achalante ») qui le repousse de toutes ses forces.

Une anecdote illustrera un processus incessament réitéré comme un rituel sacrificiel : des camarades avaient emporté dans une allée une palette de sacs de farine pour pouvoir regarnir les étagères dévastées. Les consommatrices•consommateurs se sont rué•e•s sur la palette, déchirant le plastique qui la recouvrait pour s'emparer au plus vite et en premier d'un sac de farine tels des fourmis qui se jettent sur le sucre. À la différence des fourmis qui chacune reprennent un morceau de sucre pour le rapporter à la fourmilière, les individus ici se battent et se déchirent comme des hyènes à savoir qui en aura le plus. S'il n'y avait pas la limite de deux par personne, ça finirait dans le sang. En fait, les comparaisons animales sont inexactes. Chez les loups, le mâle alpha mange à sa faim en premier, puis laisse les autres se nourrir. Il ne cherche pas à tout prix à en priver les autres.

Cette folie dévoratrice signe notre impuissance individuelle en tant que rouage isolé du capitalisme confiné à son rôle de pôle consommateur dans le flux des produits, idéal ultime de l'hégémonie marchande. Ce phénomène est bien décrit par Corrine Dupré dans Cannibalisme et capitalisme. En ne dépassant pas la conscience individuelle qui nous est assignée, on se prive de toute une partie de son être, de la pensée plus large, de l'appartenance à la société. On n'a pas alors la reconnaissance de l'autre en soi ni de soi en l'autre. On ne touche pas la réalité, toujours plus vaste que notre identité rabougrie d'individu, comme le démontre éloquemment Miguel Benasayag dans Le mythe de l'individu.

Et il faudra bien, un jour, plus tard, réapprendre à se toucher autrement que par la pensée pour enfin réaliser le beau slogan du Front homosexuel d'action révolutionnaire : « Prolétaires de tous les pays, caressez-vous ! » À cet égard, une pensée moins marchande et plus humaine aurait permis que des hôpitaux disposent de stocks suffisants d'équipements et de médicaments, ce qui pourrait réduire d'autant les craintes de débordement et le confinement qui en découle. Tout comme une meilleure compréhension des besoins humains ne ferait pas courir de manière effrénée les pions au service de la machine à flux tendu des marchandises, qui alimente en même temps la machine à dévastation environnementale.

C'est pourquoi la•le prolétaire ne se limite au cadre restreint de son individualité. Ielle en déborde largement dans tous ses contacts d'être social et dans toute sa réalité créée par son environnement, ses expériences, et la pensée qui circule en icelle•icelui non pas comme une marchandise, mais comme un potentiel connecté sur l'être-là de la culture toujours en train de se construire.

Pour dépasser, c'est-à-dire à la fois assumer et transcender, son destin tragique, l'héroïne ou le héros ne se contente pas de défier les dieux ; elle ou il se met au service des autres. Elle ou il ne roule pas sa pierre en vain ; elle ou il s'en sert pour entretenir le chemin que les autres empruntent à leur passage. C'est ainsi que l'héroïsme n'est plus un exploit individuel, mais un rôle social.

Francis Lagacé

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mercredi 15 avril 2020

Avant, pendant et après


Laissons la parole à Francis


Avant, pendant et après 

6 avril 2020

Avant la crise sanitaire

Nous étions nombreux à vous le dire que la société de consommation à outrance conduisait à des déséquilibres tels qu'en cas de crise environnementale, sanitaire ou économique, ce serait la débâcle.

Nous étions nombreux à vous prévenir que le financement des organismes populaires par projet leur couperait les jambes et les empêcherait de se déployer pour servir la population, ce que permettrait un financement à la mission.

Nous étions nombreux à vous le dire que la gestion du système hospitalier en flux tendu comme pour les entreprises sans entrepôt autres que les camions qui circulent conduirait à la catastrophe en cas de crise.

Mais non, nous n'étions que de pauvres rêveurs vaguement maniaques.

Nul n'a su mieux que Jean-Luc Mélenchon annoncer ce qui nous pendait au bout du nez quand il a prédit le 2 avril 2017 que nous connaîtrions un krach sanitaire. Il a au moins le mérite d'avoir proposé autre chose que le « management » qui tient lieu de politique aujourd'hui.

On ne dit pas ça pour vous narguer ni pour vous faire de la peine, encore moins pour se vanter, mais juste pour vous rappeler que nous savions de quoi nous parlions et que, donc, nous le savons encore.

Pendant la crise sanitaire

Sous prétexte de situation exceptionnelle, nous acceptons des choses qui ne sont pas normales, nous entérinons des procédés spéciaux au risque de nous faire dire qu'on aurait toujours dû fonctionner ainsi. Par exemple, la délation est devenu un sport très prisé.

Par exemple, le fichage et le suivi des personnes est envisagé sans sourcillement. Le téléphone portable, qui déjà vous surveille et vous vend à tous les marketteurs du monde, est invoqué comme obligatoire, comme le bracelet électronique du prisonnier, lequel a remplacé le boulet d'autrefois.

Par exemple, les vieilles et les vieux, qui sont les victimes les plus importantes du virus, sont considéré•e•s par beaucoup comme des vecteurs de contamination plutôt que comme des populations à protéger.

Par exemple, les belles ententes commerciales qui engagent la spécialisation de la production par régions du monde et qui promettaient l'harmonie universelle se muent en escarmouches rageuses entre les États et les diverses mafias pour mettre la main sur le matériel médical difficile à trouver.

Les gouvernements deviennent tout à coup nécessaires à ces entrepreneurs qui ne juraient que par le marché libre et la concurrence non faussée. C'est curieux comme les ultralibéraux sont anti-gouvernement quand il s'agit d'aide sociale et subitement socialistes quand il s'agit de les aider.

D'ailleurs, il y a déjà des économistes et des entrepreneurs pour estimer que faire des affaires est plus important que de sauver des vies, pour mettre en balance la vie des commerces ou des entreprises et la vie des gens.

On nous prépare déjà à faire payer la citoyenne et le citoyen pour les investissements astronomiques que les États injecteront dans l'économie. Pourtant, si on ne prend que l'exemple du Canada, il y a 800 milliards de dollars à aller chercher dans les paradis fiscaux. Que font les ministres des Finances et du Revenu à cet égard ? Rien.

Et ces banques que nous avons sauvées sans contrepartie en 2008, elles n'ont rien changé à leurs façons de saigner l'épargnant et elles n'ont pas, bien au contraire, sanctionné leurs dirigeants gloutons. Ne devraient-elles pas contribuer sans contrepartie à leur tour ? Non, dans leur grande magnanimité, elles condescendent à diminuer les taux des cartes de crédit, ces taux qui même divisés par deux sont abusifs en comparaison des intérêts ridicules qu'elles versent sur les épargnes courantes, puis elles consentent de nouveaux prêts. Autrement dit, elles s'assurent que nous soyons davantage endettés et à elles redevables.

Après la crise sanitaire

Il ne faut pas compter sur les grands de ce monde, les financiers, les marionnettes qu'ils ont placées à la tête des États, pour corriger les bêtises de l'économie libérale. Pour ne prendre que l'exemple de la France, vous rappelez-vous Sarkozy la main sur le cœur en 2008 qui promettait de « réformer le capitalisme » ? Il en va de même avec les déclarations de Macron qui découvre tout à coup que certains domaines de la société, comme la santé, ne doivent pas être sacrifiés sur l'autel du dieu Marché.

Ces promesses seront plus vite reniées que n'importe quelle élucubration d'ivrogne. Ces gens-là ne comprennent pas la plupart du temps ce qu'ils disent et, quand ils s'y entendent un peu, ils n'en croient pas un mot, pervers narcissiques qu'ils sont, comme le sadique qui sussure de douces paroles à l'oreille d'une personne pendant qu'il la torture.

Les capitalistes n'auront rien de plus pressé que de vouloir relancer la machine infernale : la course à la production excessive et l'encouragement à la consommation débridée. Aurons-nous le courage de dire non à la société de consommation ? Aurons-nous le courage de valoriser la production locale et conviviale ? L'achat de proximité qui nécessite le déplacement minimum ? Aurons-nous le courage de nationaliser les banques et les services ? Aurons-nous le courage de favoriser le lent, l'humain et l'inutile ? Si l'utile n'est rien d'autre qu'utile, l'inutile, lui, est nécessaire.

Le coût des assurances habitations augmentera de façon exponentielle sous toutes sortes de prétextes. Les compagnies d'assurance imposeront sans doute par défaut la clause d'activités professionnelles à domicile et il faudra se battre pour la faire retirer.

Oserons-nous rejeter le PIB comme mesure de la satisfaction de la population ? Le produit intérieur brut comme mesure de qualité de vie a été l'erreur de tous les pays productivistes, qu'ils soient capitalistes comme les États-Unis, sociaux-démocrates comme les pays scandinaves ou capitalistes étatiques comme l'Union soviétique. Et tous ont conduit à la catastrophe écologique. Le PIB est une mesure de richesse, mais pas une mesure de qualité de vie. On devrait peut-être s'inspirer, entre autres, de l'indice de progrès humain suggéré par l'économiste Jacques Généreux.

Accepterons-nous le retour à la normale puisque ce qui était considéré comme normal ne l'était pas, mais était plutôt excessif ?

Et le nouveau normal sera l'absence de contact entre les humains, surtout la surveillance absolue de tout rassemblement. Ce sera pour votre bien naturellement. On vous rappellera qu'éviter les mauvaises fréquentations vous permet de ne pas être contaminé•e par les méchants virus. Ces nouveaux virus auront pour noms : socialisme, anarchie, délinquance, contestation, opposition, obstruction aux infrastructures publiques, terrorisme (écologique, autochtone, végane, objecteur de conscience) et humanisme.

Et pour éviter les contacts et les virus, qu'y a-t-il de mieux que l'hybridation de l'humain à la technologie ? Les posthumanistes et les transhumanistes vous le diront : les machines n'attrapent pas de maladies. On vous promettra le bonheur éternel et minéral, ce qui est bien entendu une stupidité. Rien n'est éternel dans l'Univers. Aucune machine ne résistera à l'explosion de notre petite étoile dans cinq milliards d'années et leur pseudo-éternité leur aura paru aussi brève ou aussi désespérément longue que nos vies insignifiantes, car tout est une question de rapport. Sauf que cette éternité statique et minérale sera réservée aux riches, très riches, suprêmement riches, et que de ce bonheur-là, on n'en veut pas, parce que la vraie vie ne se limite pas, malgré les fantasmes cognitivistes et cybernétiques, à la circulation de données.

Avant, pendant et après la crise sanitaire, rappelons que l'humain doit passer avant l'argent, avant la machine, avant la circulation des marchandises et des données.

Francis Lagacé

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Juste pour savoir suis-je le seul



Ma pensée que je partage avec vous :




Juste pour savoir suis-je le seul 

Par Sergio de Rosemont

Juste pour savoir suis-je le seul à avoir l'impression que depuis le début de ce Coronavirus que notre société me semble glisser tranquillement vers quelque chose qui ressemble à ce que George Orwell décrivait dans son roman "1984" ?

Comme si une certaine élite chercherait à utiliser cette pandémie réelle pour en augmenter leur pouvoir de contrôle.
### Et des fois je me demande si les gestionnaires lorsqu'ils / elles reçoivent les consigne du fédéral et du provincial , s'ils / elles prennent le temps de ce demander dans ce qu'ils / elles reçoivent qu'est-ce qui est vraiment pertinent ou s'ils / elles appliquent à la lettre à la virgule près ce qu'ils / elles reçoivent ?

Je me demande jusqu'où cela pourrait aller dans le contrôle de notre vie privée et intime ?

Jusqu'à quel point ont-ils / elles conscience jusqu'à quel point ils / elles vont dans le contrôle de notre vie personnelle ?

Je vous invite à lire cet article sur l'interrogation d'Edward Snowden :


mardi 31 mars 2020

Philosophie de la panique


Francis nous parle de la panique


Philosophie de la panique 


29 mars 2020

Vous connaissez ces supposés tests philosophiques ou études de morale ou d'éthique dans lesquels ou vous met devant un choix absurde ?

Par exemple, on vous soumet le cas suivant : vous programmez un métro sans conducteur et vous devez prévoir le cas où l'accélérateur s'emballe et le système de freinage est inopérant. Il y a devant le métro deux voies possibles : droit devant, il y a trois travailleurs sur la voie et, sur la voie de gauche, il y a une femme. Quel choix programmeriez-vous pour ce métro ?

Si vous répondez que vous choisissez la voie de gauche parce que ça fait moins de mort, on vous dira ensuite que la femme est enceinte. Est-ce que vous garderiez le même choix ?

Ma réaction devant ces supposées questions d'éthique est toujours la même. Coudon, si t'es capable de programmer ton métro pour qu'il choisisse telle ou telle voie selon le nombre de personnes qui se trouvent sur la voie, comment ça se fait que t'es pas capable de le programmer pour que le système de freinage tombe pas en panne ? Pourquoi t'es pas capable de l'équiper d'un freinage d'urgence, ou même de deux tant qu'à faire ?

La vraie question qu'il faut se poser, c'est quoi faire pour éviter de se trouver dans de telles situations. On ne gagne rien à essayer d'abstraire des situations indécidables pour lesquelles la panique risque d'entrer en ligne de compte. Il faut reculer d'un pas plutôt que de répondre à des questions absurdes, car en aucun cas l'abstraction ne peut garantir ce qui se passera dans le concret.

Personne ne veut être mis devant le choix de Sophie*, et ça ne sert à rien de se demander ce qu'on aurait fait à sa place. La vraie question qu'il faut se poser, c'est comment faire pour éviter que les Nazis prennent le pouvoir.

*Le choix de Sophie réfère à un film dans lequel une mère, Sophie, est obligée par des Nazis de choisir lequel de ses deux enfants survivra.

Francis Lagacé

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De la rhétorique martiale



Laissons la parole à Francis Lagacé



De la rhétorique martiale 

21 mars 2020

Le discours guerrier et le vocabulaire militaire sont-ils appropriés à la situation que nous vivons ? Devrions-nous nous comporter comme si nous étions en guerre ? Certes, nous sommes en situation de crise, mais de guerre ?

Quand il y a guerre, on fait tourner les usines à fond pour fournir du matériel destiné à tuer des gens et aussi, accessoirement, du matériel médical pour soigner les blessés. Dans le cas qui nous occupe, on devrait surtout fabriquer des outils de santé et aucun matériel destiné à tuer.

En temps de guerre, on identifie un ennemi qui a une stratégie et des objectifs connus ou à découvrir. Un virus n'a qu'un seul objectif : se reproduire. Ses stratégies sont étudiables par la science et on peut parler de lui sur les ondes sans crainte qu'il se serve de nos connaissances pour déjouer nos tactiques.

Quand c'est la guerre, il y a un front ou des poches de guérilla. Les militaires essaient de s'y attaquer et, en principe, les civils sont protégés par les différentes conventions internationales. Les virus ne signent aucune convention internationale.

En situation de guerre, le confinement vise à éviter les tirs ennemis ou la rébellion contre l'ordre établi. Ici, il devrait viser la réduction des contacts qui entraînent la propagation du virus. En principe, on ne se sert pas de ce prétexte pour se glorifier sur son blogue en écrivant son « Journal de confinement » dans un état irréel et obligé de farniente luxueux retiré dans sa grande maison de campagne.

Dans un état de guerre déclarée, ni les personnes ni les marchandises ne circulent (normalement) entre les États ennemis. Ici, il n'y a pas en principe d'États ennemis, mais aucun•e citoyen•ne ne circule entre les États alliés alors que les marchandises, elles, ont la voie libre. En fait, le coronavirus est en train de réaliser le fantasme de la frange cybernétique de l'économie néolibérale : la libre circulation des marchandises et l'immobilité des personnes pour ne pas gêner les flux de biens.

Un État en guerre promulgue des lois spéciales qui restreignent les libertés et sanctionnent les ennemis du régime. Ici, l'État a fait des recommandations, mais songe peut-être à appliquer des sanctions le cas échéant. Mais s'agit-il de s'attaquer aux ennemis du régime ? La question mérite d'être étudiée.

L'effort de guerre nécessite des investissements publics colossaux. Dans le cas qui nous occupe, on a consenti des sommes importantes faisant peser sur le retour à la normale le poids éventuel de ponctions qui risquent d'affecter encore et toujours les travailleuses•travailleurs. Pourtant, pour trouver des ressources financières immenses, il suffirait d'appliquer les lois en vigueur et d'aller chercher les fonds cachés illégalement dans les paradis fiscaux. Le Conseil des Canadiens estimait il y a quelques années qu'on y avait dissimulé 800 milliards de dollars. Ce serait étonnant que la somme ait diminué depuis.

La consommation des citoyen•nes soumis•es au régime guerrier est régulée par des bons de rationnement. Ce n'est pas encore le cas. Peut-être cela calmerait-il les ardeurs des barbares qui vandalisent les étagères des différents marchés d'alimentation et sèment la pagaille partout où ils passent.

La question mérite ici un petit détour anecdotique : faire son épicerie est devenu une expérience particulièrement éprouvante lorsqu'il s'agit de côtoyer des clientes•clients grossiers qui rudoient les employé•e•s d'épicerie, engueulent les caissières et bousculent les autres consommatrices•consommateurs. On a parfois l'impression de tomber dans un combat de chiens. C'est véritablement affligeant de voir l'état de détresse de ces personnes sous-payées et qui travaillent pour nous nourrir. Au lieu de recevoir les remerciements qu'elles méritent, elles se font traiter comme des moins que rien et subissent des agressions verbales allant jusqu'aux menaces. J'ai beaucoup d'admiration pour leur courage et leur abnégation.

Finalement, la guerre fait appel à des attitudes considérées comme masculines et viriles : l'agressivité, la force et la violence. Or, je préfère comme Maxime Combes s'y exerce dans un article intitulé Non, nous ne sommes pas en guerre. Nous sommes en pandémie. Et c'est bien assez « Non, nous ne sommes pas en guerre. Nous sommes en pandémie. Et c'est bien assez », publié d'abord dans BastaMag le 18 mars dernier, puis dans Médiapart le 20 mars, tenir des propos plus humanistes. La réaction et la mobilisation nécessaires pour faire face à une pandémie font appel à des vertus considérées comme féminines (mais que les hommes possèdent bien sûr et sont capables de mettre en actes) : la précaution, le soin, l'attention, la solidarité, l'empathie, la sympathie et le dévouement.

Francis Lagacé


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