dimanche 22 mai 2022

Le Temps

 

Mon plus récent tableau en 3 D

Le Temps

Par Sergio de Rosemont

Le Temps quelle créature étrange !

Nous vivons dans un univers où il domine.

Sans son existence probablement que la vie n’existerait pas car le temps et le mouvement sont liés et la vie et le mouvement sont liés.

Sans temps, pas de mouvement et sans mouvement pas de temps.

Il est dans tout et même s’il est muable, nous ne pouvons pas nous en dissocier.

Il est éternel sans début et sans fin tout en contenant en lui le fini et le mortel.

Lorsqu’une chose atteint son Oméga, une autre débute son Alpha.

Notre univers y est rattaché et dépendant de son Alpha et de son Oméga.

Quand un univers meure, un autre naît.

Quand nous mourrons, notre âme entre dans un autre dimension et parfois décide de se réincarner mais encore là ce processus est probablement rattaché au temps.

Parfois nous pouvons même avoir la sensation que notre esprit, notre âme peut le déjouer.

Le temps est comme un arbre où plusieurs choses, aspects de l’existence qui paraissent indépendants, lui sont pourtant rattachés.

Si vous prenez un arbre que vous le coupez et vous vous en fait une rondelle, cette rondelle détient la marque du temps sur lui et son histoire.

Les pierres précieuses sont précieuses pas seulement à cause de leur rareté mais aussi parce qu’elles sont le résultat du travail du temps sur des millénaires.

Les fossiles sont aussi les traces de l’histoire de la vie mais aussi du temps.

Ce texte est ma perception, ce que j’en pense, libre à vous d’être en accord avec ou pas.

jeudi 19 mai 2022

L’écho des tavernes

 

Laissons la parole à Francis

L’écho des tavernes

14 mai 2022

Mon cousin Arthur est un « ti-Jos connaissant ». Il a le verbe haut à la taverne et il exprime avec force convictions ses sentiments, qu’il appelle obséquieusement des opinions, confondant sans vergogne les impressions nées de son expérience personnelle avec des faits scientifiquement prouvés.

Vous avez sans doute parmi vos connaissances ou votre parenté l’un de ces « génies » qui, pour être allé à la pêche trois fois, se déclare expert du lancer léger, qui, pour avoir visité l’aéroport d’Amsterdam, peut vous instruire de la psychologie des Néerlandais·es, et qui pour avoir acheté un sandwich à la station service en faisant le plein au Luxembourg en route vers l’Allemagne, épiloguera sur sa contribution à la gastronomie luxembourgeoise.

Ce qui fait de la peine à Arthur, c’est de savoir que ses indispensables propositions pour l’amélioration de la société, car sa mère lui a appris à saisir les gens au premier regard, ne fassent pas l’objet de séminaires dans les officines gouvernementales et que Benito Lamontagne ne l’invite pas à son émission du midi pour en deviser en long et en large comme il se doit.

Or, il se trouve qu’une vedette, Carlos de Grègues, ayant fait le tour de la Gaspésie deux fois, a publié un livre sur les meilleures façons de redresser l’économie gaspésienne :

— changer les dates de pêche au homard pour le mois de décembre, car on aime le homard à Noël, et de celle au crabe pour deux semaines avant Pâques, parce que ça ferait une bonne entrée avant l’agneau ;

— séparer dans les enclos les caribous avec bois de ceux qui n’en ont pas parce qu’ils ne se comportent pas pareil et que les premiers pourraient blesser les seconds ;

— réouvrir la mine de Murdochville pour redonner le goût de l’effort à la population gaspésienne et la rendre plus active ;

— donner toute la forêt domaniale aux entreprises forestières afin qu’elles en assurent l’exploitation ;

— céder toutes les routes au privé, parce que le privé, c’est toujours mieux que le public ;

— doubler le prix des chambres de motel, ce qui fera accourir les touristes, étant donné que ce qui est plus cher est toujours meilleur ;

— boucher le trou du Rocher Percé pour le dévoiler seulement devant les clients qui s’en seront montrés dignes en ayant misé le plus aux enchères conduites par Sotheby’s.

Nombre de citoyen·ne·s de Gaspésie lui sont tombés dessus à bras raccourcis pour qualifier ses suggestions de farfelues. En réaction, l’Association des vedettes bourgeoises, épaulée par la Ligue des éditorialistes ni à droite ni à gauche, surtout pas à gauche, s’est portée à la défense du malheureux essayiste improvisé en invoquant son « droit » de s’exprimer.

Une préfète de municipalité régionale fit opportunément remarquer qu’il ne s’agit pas tant d’une question de droit, dont la star n’a absolument pas été privée et dont elle a abondamment usé, mais plutôt de moyens, que d’autres beaucoup mieux au fait des causes et des effets n’ont pas à leur disposition.

Le livre de monsieur de Grègues est au sommet des ventes et son auteur trône sur toutes les tribunes, au grand désarroi du bon Arthur, dont les lettres à la rédaction ne font même pas l’objet d’un accusé de réception. Tant d’injustice ne laisse de le démoraliser. Après tout, la seule différence entre l’aura du nouvel économiste et celle du philosophe de taverne ne réside que dans leur capacité à mobiliser les micros, les caméras et autres appareils de diffusion.

On a beau trouver Arthur un peu ridicule, on se sent pris de pitié et l’on doit bien reconnaître que ses discours, bien que peu méritoires, ont la même valeur que ceux de l’essayiste du dimanche. Peut-être la suggestion que voici rétablirait-elle l’équité : les grands médias pourraient créer une chronique hebdomadaire intitulée L’écho des tavernes. On tirerait chaque fois au sort un nom parmi ceux des habitué·e·s de ces débits de boisson. La personne choisie deviendrait ainsi commentatrice de la semaine dans le cadre de cette chronique et par voie de conséquence nous ferait un honneur inestimable en nous gratifiant des bienfaits de ses lumières.

Francis Lagacé

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jeudi 28 avril 2022

Covid-19 mauvaise gestion.

 

Mon plus récent tableau en 3 D :

Covid-19 mauvaise gestion.

Par Sergio de Rosemont

Oeuvre inspirée du texte "Vers quelle société nous dirigeons nous ?" que j'avais publié le mardi 1er février 2022 sur le site de Presse-toi à gauche !

Je vous invite à lire ce texte question de mieux comprendre mon tableau.

Voici le lien vers mon texte :

L’individuel, le collectif, le social

 

Parlons d’individualisme avec Francis.

L’individuel, le collectif, le social

26 avril 2022

Le gouvernement de François Legault est foncièrement individualiste comme l’est son chef. C’est pourquoi il est incapable de penser le social qu’il assimile au mieux au collectif, c’est-à-dire à une collection d’individus. Je me rappelle l’une de ses phrases d’encouragement à la population pendant cette interminable pandémie : « On est 8 millions de Québécois, je peux pas croire qu’on peut pas se tenir pour réussir à vaincre ce virus. »

Or, 8 millions de Québécois, c’est beaucoup plus que 8 millions de personnes. C’est une société complète avec toutes ses interactions, ses institutions, ses courants de pensée, ses groupes sociaux, ses classes et leurs intérêts divergents, ses associations, ses syndicats, ses partis, son hégémonie culturelle, toutes choses qui ne fonctionnent pas par aggrégation de comportements, mais plutôt selon des mouvements qui sont propres à leur structure.

Le problème essentiel des individualistes, c’est qu’ielles posent leur conscience individuelle comme l’alpha et l’oméga de la réalité. En fait la conscience individuelle, bien que point de départ incontournable de notre appréhension du monde, est aussi notre limite principale à sa compréhension.

Parce que notre conscience, construite au fil du temps par l’interaction entre nos perceptions et notre mémoire, n’est qu’un pâle reflet de la réalité même si, en même temps, elle est la seule porte pour la connaissance et l’interprétation du monde. C’est bien sûr en arrivant à l’objectiver qu’on peut réussir à faire la part des choses entre notre volonté subjective, notre réalité objective, les réalités objectives des autres et les réalités subjectives des autres.

Mais même en tenant compte de tous ces aspects, on ne dépasse pas l’individuel. Il y a plus. Certes le collectif exige de prendre en compte les besoins d’une multitude, mais cela n’épuise pas le social, car le social, c’est aussi les interrelations qui se nouent entre les différentes instances d’une population donnée. Si l’individuel et le collectif sont en constante négociation, le social transcende les deux dans toutes leurs réalisations.

Le poids d’une communauté, ce n’est pas uniquement le poids du nombre, mais aussi son poids social constitué de toutes les interactions qu’elle implique et du comportement global, lequel ne réside pas dans l’addition des comportements individuels et ne saurait être révélé par la dissection individuelle.

L’individualiste dit qu’un couple est formé de deux personnes, donc 1 + 1 = 2. Les socialistes, quelle que soit leur tendance, savent qu’un couple constitue plus que deux entités : il y a chacune des deux personnes et leurs interactions avec le monde, mais il y a aussi la nouvelle unité, le couple, et ses interactions avec le monde. Chacun·e est à même d’observer qu’un couple ne se comporte pas comme une addition de deux personnes. À tel point qu’il est facile d’observer dans une foule les groupes de deux personnes qui se comportent comme deux individus séparés et les personnes qui se comportent comme faisant partie d’un couple. Il faut donc reconnaître qu’en calcul social 1 + 1 = 3.

En fait, dans toute association, les interrelations permettent de donner des additions comme 1 + 1 + 1 = 7, soit, dans ce cas précis, chacune des unités, les trois dyades différentes plus le trio qui ont des interrelations avec le monde. La formule pour trouver le nombre d’entités sociales créées par un ensemble de n membres est donc 2n – 1. Pour un ensemble de quatre personnes, on a ainsi 15 entités, pour cinq personnes, on en a 31 et ainsi de suite. Comme le résultat de l’équation augmente rapidement avec le nombre de membres de la communautée étudiée, on peut, pour les ensembles excédant 10 personnes, décider d’arrondir et se contenter de parler de 2n, car soustraire 1 d’un nombre supérieur à 1000 n’a pas beaucoup de valeur significative.

Certes, plus le nombre de membres d’un groupe est grand, plus les entités relationnelles sont potentielles : toutes les dyades, tous les trios encore moins tous les quatuors1 ne se réalisent pas dans une ville d’un million d’habitant·e·s.

De même, l’entièreté de la relation formée par un société très nombreuse ne se réalise que de façon fragmentée, car elle est traversée par de nombreux courants. Mais on aurait tort de croire que le nombre soit peu élevé, car d’autres réseaux se forment à partir des groupes communautaires et affinitaires, des clubs, des partis, des syndicats, des équipes sportives, des associations de toutes sortes et autres sociétés de personnes.

Le potentiel est d’ailleurs démultiplié par la création des « personnes morales », qui permettent de donner la personnalité juridique à des créations commerciales ou autres, dont le nombre est théoriquement illimité.

Si on ne tient pas compte de toutes ces interactions, de toutes ces forces sociales, à quoi il faut ajouter l’influence inconsciente de l’idéologie, on ne comprend rien à une société et l’on est réduit à une vision sans aucune hauteur de vue comme celle que nous offrent le gouvernement Legault et son violent concurrent libertarien le Parti conservateur du Québec, lesquels résument la vie sociale en affrontements d’intérêts individuels.

Avec une telle vision, pas de racisme systémique, seulement de méchants individus qu’il faut sanctionner. Avec une telle vision, pas de crise du logement2, car la signature des baux relève d’une négociation entre particuliers, comme si le poids de chaque personne était le même pour une bénéficiaire de l’aide sociale en face d’un grand propriétaire appuyé par des associations de propriétaires, par des firmes d’avocats, etc.

Et, bien sûr, ces individualistes, qui ne disposent que d’une vision monochrome et bidimensionnelle, aveugles à toutes les couleurs et à qui tout ce qui a de la hauteur échappe, nous accuseront de faire preuve de manichéisme, la nouvelle parade confusionniste à la mode. On nous accusera de classer celleux qui ne pensent pas comme nous dans la catégorie des « méchants », étant donné que c’est ainsi qu’iels pensent (ou plutôt qu’iels s’abstiennent de réfléchir), alors qu’on vient juste de leur expliquer que c’est une question complexe de réseaux d’interactions.

Notes

1. L’allusion à la musique n’est pas anodine. Elle permet de bien comprendre qu’un quatuor est tout autre chose que quatre solos juxtaposés, encore moins successifs. On dit bien d’un groupe de musicien·ne·s qu’il doit jouer « ensemble », et l’ensemble exige une attention au rythme et à la production sonore de chacun·e des participant·e·s.

2. Ou si peu, à la rigueur un écart conjoncturel entre l’offre et la demande.

Francis Lagacé

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vendredi 15 avril 2022

Tel qu’une vipère de sang

 

Mon plus récent œuvre artistique

Tel qu’une vipère de sang

Par Sergio de Rosemont

Nous n’avons que fait preuve de mépris envers ces peuples autochtones.

Nous leur avons imposé notre culture, nos croyances, notre culte et notre Dieu.

Et tout cela avec arrogance !

Nous nous sommes enrichis à leurs dépens.

Et l’église en a été complice, les convertissant de force, leur imposant une culture et un culte qui n’étaient pas les leurs.

Et les préjudices et les malheurs qu’on leurs causa n’avait et non toujours aucune importance.

La seule chose qui compte qui était importante c’était que tous prient leur « Ptit Jésus » !

Et voici le mal qu’on leur a fait subir et qu’ils subissent toujours :

génocide,

la cruauté des pensionnats autochtones.

Dépossession :

de leurs terres,

de leurs cultes,

de leurs langues,

de leur identité,

de leur droit de s’auto-gouverner.

dimanche 10 avril 2022

Présidentielles françaises Hégémonie, mensonge et restriction mentale

 

Laissons Francis nous parler des présidentielles françaises

Présidentielles françaises
Hégémonie, mensonge et restriction mentale

8 avril 2022

En ces temps d’individualisme triomphant, la notion de superstructure est totalement évacuée du discours public de sorte que la presque totalité des commentateurs politiques sont incapables de faire la différence entre l’idéologie, qui génère de manière extérieure ce que l’on croit penser (ce qui nous pense comme je l’expliquais à propos de l’idéologie dans un billet traitant de la censure et que des lecteurs peu attentifs ont confondu l’une avec l’autre1), et l’idée, qui correspond à une pensée véritablement conçue de façon autonome par le sujet, chose qui est loin de nous arriver tous les jours.

Quand on entend un quidam dire je n’aime pas les idéologies de cette personne, on comprend qu’elle veut dire : « Je n’aime pas ses idées ». On peut adhérer sciemment à une idéologie, mais la plupart du temps, c’est elle qui parle par notre bouche et non nous qui l’avons choisie. C’est le cas de l’immense majorité des individus qu’on peut classer dans l’espèce homo consumericus.

L’hégémonie culturelle actuelle est centrée sur l’ordre néolibéral, c’est-à-dire entre autres toujours plus pour le privé avec le public qui s’en porte garant. C’est ainsi que les journalistes, par exemple, ne remettent pas en question les promesses et les programmes des politiques qui vont dans ce sens ; ielles leur demandent plutôt pourquoi ielles ne le font pas plus fort, plus vite et plus complètement2.

Il faudrait être paranoïaque pour voir ici un complot. Personne ne se concerte pour faire avancer l’idéologie néolibérale dans les médias, c’est tout simplement l’hégémonie culturelle occidentale qui parle par la bouche des journalistes comme l’idéologie catholique parlait par la bouche des enseignant·e·s au Québec dans les années 50.

C’est ce qui permet d’entendre un spécialiste du mensonge3 affirmer sans se faire contredire à la radio publique canadienne le matin du 2 avril 2022 que Jean-Luc Mélenchon est pro-Poutine alors qu’il suffit de lire ses déclarations pour se convaincre du contraire.

Un candidat qui condamne l’invasion Russe en Ukraine et qui appelle à isoler Vladimir Poutine n’est pas son allié. Cette intox ancienne et récurrente contre Mélenchon a été démontée dès 2017 par Mediapart.

C’est ce qui permet aux journalistes des grands médias du monde entier, mais surtout de France, de faire comme si le candidat Mélenchon n’existait pas, de l’ignorer dans la plupart des comptes rendus.

C’est ce qui permet aux journalistes des grands médias de ce monde d’à peine effleurer, sinon escamoter, le scandale McKinsey4, une affaire qui devrait causer la chute du président en temps normal.

C’est ce qui permet aux commentateurs politiques de faire comme si Marine Le Pen et Emmanuel Macron étaient radicalement différents alors que la première, dont on a eu de cesse de courtiser l’électorat pendant tout le quinquennat, est devenue une néolibérale tout à fait présentable, puisque le méchant ogre c’est désormais Zemmour, et dont le programme porte les mêmes mesures anti-sociales que celui du Petit Caporal en Polléon. C’est Jean-Luc Mélenchon qui résume le mieux le parallèle : « Le programme de Marine Le Pen, c’est celui de Macron, le racisme en plus. »

Pour les bourgeois hégémoniques, il est certain qu’un deuxième tour entre des libéraux (Le Pen et le Petit Caporal) est idéal. Leur pire cauchemar est très certainement un deuxième tour Le Pen—Mélenchon, car là ils seraient obligés de montrer leur vrai visage et de soutenir ouvertement Le Pen.

Quoi qu’il en soit, je réserve le mot de la fin à Frédéric Lordon : « Il reste maintenant : la fasciste, le fascisateur et un candidat de gauche. Normalement, c’est assez simple5. »

Notes

1. On trouvera le billet en question à cette adresse.

2. J’ai eu l’occasion d’illustrer ce phénomène dans un billet du 20 janvier 2014. Une entrevue du ministre français de l’Économie et des Finances, Bruno Lemaire, à l’émission de radio Hard Talk à la BBC (BBC World Service, vendredi 29 octobre 2021,3h06 heure de Montréal, 7h06 GMT) en est aussi une excellente illustration. L’animateur Stephen Sackur, réputé pour ses questions directes et sans complaisance, ne remet jamais en question les dogmes néolibéraux que le ministre professe, mais le presse plutôt de les mettre en œuvre.

3. Jean-François Kahn a publié en 1989 un brillant essai intitulé Esquisse d’une philosophie du mensonge, dans lequel il dévoile les mécanismes et les conséquences délétères du mensonge. Par la suite, il ne s’est pas privé de cette connaissance pour la mettre au service de ses idées de droite.

4. La firme de conseils McKinsey, liée à des amis du président, a englouti des centaines de millions pour conseiller à l’État des mesures d’austérité et n’a pas payé un centime d’impôts à l’État français.

5. Article « Leur société et la nôtre » dans le blog du Monde diplomatique du 1er avril 2022.

Francis Lagacé

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vendredi 25 mars 2022

Conscience sociale


Parlons de conscience sociale avec Francis

Conscience sociale

22 mars 2022

Il y a dix ans, le Québec connaissait son « Printemps Érable » : un formidable mouvement social initié par les groupes étudiants, dont nous n’avons pas fini de mesurer les effets et dont les empreintes contribuent à forger une forme de conscience sociale plus aiguë.

Le 22 mars 2012, très exactement, marque la date de la première très grande manifestation de ce mouvement de grève, dont il n’était plus possible désormais de minimiser l’importance. En guise de rappel, je soumets ici un extrait d’une nouvelle que j’ai fait paraître dans le recueil N’allez jamais à Montréal sous le titre « Justice sociale ».

En ce soir de mai deux-mille-douze, Dominique est attablée avec des personnes qui croient comme elle à la persévérance scolaire. Elle porte donc fièrement son carré rouge et n’a toujours pas décoléré de l’odieuse loi matraque votée dans la nuit par un gouvernement tout entier tourné vers le profit et la marchandisation.

Elle est pourtant la seule à arborer ce signe d’appui à la grève étudiante et à un vaste mouvement cherchant à refonder le contrat social sur des bases humaines. Elle fait face à de l’incompréhension, à des sourires entendus. Tant de bonnes âmes réunies pour soutenir les jeunes dans leur parcours scolaire, mais si peu de lien avec l’engagement réel pour une société juste.

À côté d’elle, un avocat qui s’implique activement dans les organismes à but non lucratif, car cela lui donne des points à son travail et lui fait gravir des échelons dans la firme. Aux arguments imparables de Dominique, il ne trouve rien à redire. Aussi, il tente une nouvelle manœuvre.

—Bon, tu as raison, tes arguments sont très convaincants et les jeunes devraient être entendus. On ne devrait pas hausser à ce point les frais de scolarité.

—Pas seulement à ce point, il ne devrait pas y avoir de frais de scolarité.

—Laissons cela. Juste en supposant que toi et les carrés rouges avez raison, trouves-tu que par la violence qu’ils exercent dans leurs manifestations, ils aident leur cause ?

—Je n’ai jamais entendu question plus stupide. Franchement, tu me dis qu’ils ont raison. Il suffit d’accéder à leur demande et il n’y en aura plus de manifs. Quant à savoir qui a commencé la violence, c’est une autre affaire.

Francis Lagacé

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jeudi 10 mars 2022

L’âme

 

Mon plus récent tableau
(peint sur bois)


L’âme

Par Sergio de Rosemont

L’âme cette partie immortelle de notre être.

Oui le cœur peut aimer, ressentir des émotions de joie, peine, douleur mais il est mortel.

Par contre l’âme aussi peut ressentir des émotions de joie, peine, douleur mais elle est immortelle.

Oui l’âme est comme un cœur immortel !

Notre esprit dans notre cerveau peut oublier et est aussi mortel.

Par contre l’âme, notre âme est immortelle et n’oublie rien.

Oui Toi mon Ange qui est entrée dans ma vie je t’aime et je t’aimerais pour l’éternité, non pas avec mon cœur mortel dans ma cage thoracique mais avec mon Cœur Immortel dans mon âme.

Oui mon Ange, je t’aime et tu es dans mon cœur éternel de mon âme !

En temps de guerre

 


Parlons de guerre avec Francis

En temps de guerre

9 mars 2022

En temps de guerre, on se sent petit et démuni. On se désole que la plume ne soit pas souvent aussi puissante que l’épée. Et l’on aimerait bien, avec cette plume, tracer des lignes autour des chars, autour des obus, autour des convois militaires, voler un trou de la Mer des Trous du film Yellow Submarine pour pouvoir les y engouffrer. Le refuge de la littérature ne sauve que notre pauvre esprit désemparé, pas les millions de victimes de la folie humaine.

Autant la pandémie m’a paralysé au point de vue littéraire et m’a livré aux réflexions politiques, autant cette guerre me pétrifie au point de vue politique, alors que peinent à émerger quelques effluves métaphoriques.

Les gens de mon âge se rappelleront que la crise des missiles à Cuba avait causé un émoi incroyable dans les chaumières. Jeune enfant, j’en avais des poussées d’angoisse et des maux de ventre. La mémoire du corps étant imparable, j’ai ressenti ces mêmes symptômes à l’évocation de la solution nucléaire dans le conflit qui se déroule si loin si près.

Je songe à nos pauvres jeunes qui souffrent d’éco-anxiété, de covid-anxiété et maintenant de nucléo-anxiété. Va-t-on les laisser vivre un peu ? Dans quelle soupe immonde les plongeons-nous ?

Pour revenir à ces douloureux souvenirs d’enfance, il me revient que mon frère aîné ne ratait jamais une occasion de se montrer savant en répétant les dires de quelque adulte adepte de la péroraison. Il m’avait raconté que les communistes viendraient nous rendre visite. Moi j’aimais bien la visite, rare halte dans la térébrante routine domestique, et je me demandais pourquoi on devait les craindre. Il m’expliqua alors que c’étaient de vilains barbus, effrayants et dangereux.

Les barbus dont j’avais connaissance me paraissaient pourtant sympathiques : le frères Marx, si drôles dans leurs films comiques, et les Quatre Barbus qui, de leurs voix veloutées, déclinaient les chansons traditionnelles et comptines sur les soixante-dix-huit tours, dont j’observais le tournoiement des sillons avec ravissement.

Pour enfoncer le clou, il me fit comprendre que les barbus communistes mangeaient les enfants. Ah, il fallait le dire ! C’étaient des Barbes bleues. Je découvrirais beaucoup plus tard qu’ils étaient plutôt rouges.

Cela dit, j’ai appris depuis à me méfier des descriptions unilatérales. Même si c’est intellectuellement satisfaisant, ça ne donne pas, hélas, de solution à mon angoisse ni aux problèmes plus graves de la guerre et de la crise climatique.

Francis Lagacé

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mercredi 23 février 2022

Avait-on besoin de la Loi sur les mesures d’urgence ?

 

Laissons Francis nous parler de la Loi sur les mesures d’urgence

Avait-on besoin de la Loi sur les mesures d’urgence ? 

21 février 2022

Le gouvernement canadien a prétendu qu’il avait besoin de la Loi sur les mesures d’urgence pour mettre fin à l’occupation illégale de la ville d’Ottawa.

Cette loi a été invoquée pour la première fois depuis son adoption en 1988. Elle était donc disponible en d’autres moments depuis et aurait pu être utilisée si besoin en avait été.

Or, je me souviens d’une certaine réunion du G20 en juin 2010 à Toronto. La loi n’a pas été invoquée, mais une clôture imposante isolait le lieu de la rencontre des personnes qui manifestaient, et cela en plein centre-ville de Toronto.

La loi n’a pas été invoquée, mais cela n’a pas empêché les services de police de quadriller la ville de véritables brigades de Robocops, armés, casqués, bottés, pour rouler des mécaniques et effrayer les manifestant·e·s.

Cela n’a pas empêché la cavalerie de charger un cercle de personnes qui chantaient Give Peace a Chance devant le parlement ontarien.

Cela n’a pas empêché de réveiller en pleine nuit des centaines de personnes qui étaient dans un dortoir préparé dans un gymnase d’école et de les amasser avec d’autres pêchées un peu partout dans la ville pour les enfermer dans un entrepôt en périphérie de Toronto, sans les informer de la raison de leur arrestation, sans leur fournir la possibilité de contacter un avocat, sans nourriture, sans boisson et sans toilettes. Ces personnes n’avaient rien fait d’illégal. Elles n’étaient même pas en train de manifester. Elles ont été relâchées plus tard sans excuse et sans accusation.

Je me rappelle aussi en 2012 pendant le printemps étudiant comme les forces policières n’hésitaient pas à gazer et à charger des personnes âgées (les Têtes blanches, Carré rouge), qui ne faisaient que manifester.

Personne en aucun de ces cas n’a eu besoin de la Loi sur les mesures d’urgence.

Que l’on ne se méprenne pas. Je ne plaide pas pour que les manifs d’extrême droite soit réprimée aussi sévèrement que les nôtres de gauche l’ont été. Non, j’aimerais seulement que l’on fasse preuve à notre égard du quart de la patience qu’on a eu pour elles. Et seulement du dixième des précautions.

Francis Lagacé

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