samedi 17 décembre 2016

Contre la loi 106, la résistance s’annonce déterminée et active

Parlons de cette loi 106 avec Bernard Rioux

Voir la vidéo des interventions à la vigile contre le projet de loi 106 adoptée sous le bâillon



Contre la loi 106, la résistance s’annonce déterminée et active 



mardi 13 décembre 2016, par Bernard Rioux

La loi 106 sur les hydrocarbures a été adoptée sous le bâillon au matin du 10 décembre 2016. Le gouvernement Couillard opérait par là un coup de force antidémocratique. La loi 106 est une loi adoptée malgré l’opposition massive de la société civile : groupes écologistes, syndicats, scientifiques, organisations citoyennes... La détermination à faire adopter cette loi inique repose de l’acoquinement de ce gouvernement avec les pétrolières et les gazières dont il s’est fait le défenseur zélé des intérêts actuels et à venir.

La loi 106 accorde des pouvoirs exorbitants aux sociétés gazières et pétrolières. Mais cela se fait aux dépens des droits citoyen-ne-s des villes et régions concernées. Les propriétaires de « claims » se voient accorder un droit d’accès au sous-sol aux mépris des propriétaires concernés. Les villes voient leur capacité à protéger l’eau potable réduite. Elles voient leurs schémas d’aménagements et leurs règlements de zonage balayés du revers de la main. La loi 106 ouvre la porte à la fracturation hydraulique et à l’exploitation du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent.

Continuer d’exploiter les hydrocarbures, un objectif stratégique de la classe dominante au Canada et au Québec

La politique du gouvernement Couillard s’adosse à la politique de la classe dominante au Canada. Déjà, le gouvernement Harper avait annoncé son intention de contribuer à faire du Canada un acteur essentiel dans l’exportation d’hydrocarbures extrêmes tirés des sables bitumineux. Pour paver la voie à la réalisation de cet objectif, il avait retiré le Canada des Accords de Kyoto. Il avait affaibli les lois canadiennes protégeant l’environnement et il avait donné son aval à la construction de pipelines nécessaires à l’exportation du pétrole canadien. Le gouvernement Trudeau, malgré ses belles paroles et ses postures environnementalistes, partage le même objectif stratégique. C’est pourquoi il a permis la construction du projet de pipeline Transmountain de Kinder Morgan et celle de la Ligne 3 d’Enbridge. Son gouvernement soutient également la construction du pipeline de Keystone XL et se réjouit de la position du président élu des États-Unis, Donald Trump. La politique concrète du premier ministre Trudeau démasque sa rhétorique sur la lutte aux changements climatiques. Il ose prétendre contre toute vraisemblance qu’il n’y a pas de contradiction entre l’augmentation de la production et de l’utilisation du pétrole tiré des sables bitumineux et la réduction des gaz à effet de serre. Il n’hésite pas à écarter les revendications des peuples autochtones avec il prétend dans le même souffle créer des rapports plus égalitaires. Il accorde ainsi la priorité à la défense des intérêts immédiats des pétrolières.

Le gouvernement Couillard, même rhétorique mensongère, même objectif stratégique

Le premier ministre Philippe Couillard aime bien se présenter comme un porte-drapeau de la lutte aux changements climatiques. En fait, il s’inscrit dans la tradition libérale qui accorde toute la latitude possible à l’exploitation des hydrocarbures. Il a participé à un gouvernement qui a organisé le transfert de l’exploitation des hydrocarbures au Québec vers le secteur privé. C’est le gouvernement libéral de Jean Charest « qui a offert sur un plateau d’argent les ressources non renouvelables et polluantes au secteur privé. Trois compagnies sont pointées du doigt : Junex, Pétrolia et Gastem. Le ministère des Ressources naturelles leur a en effet vendu les droits d’exploitation des territoires riches en gaz de schiste à un prix ridicule : 10 cents l’hectare. » [1] Les mêmes auteur-e-s soulignent : « Pour stimuler l’exploitation gazière, le budget 2009-2010 du Québec va donc suspendre les redevances pour une durée de cinq ans sur la production du gaz naturel pouvant atteindre 800 000$ par puits »[2]

Dans le secteur pétrolier, une opération de dépossession du secteur public sera également faite. Hydro-Québec cède à Petrolia le permis d’exploitation sur l’île d’Anticosti. En février 2014, le gouvernement Marois s’inscrit dans cette tradition de soutien au privé en investissant 115 millions de dollars sur l’île d’Anticosti pour financer l’exploration des hydrocarbures faisant ainsi du gouvernement péquiste un partenaire de Petrolia et de Junex.

Et cette triste histoire continue. Le discours du budget 2014-2015 du gouvernement Couillard annonce la mise en place du fonds Capital Mines Hydrocarbures (CMH) doté d’une enveloppe de 1 milliard de dollars dont 500 millions pour les projets réalisés sur le territoire du plan Nord et 500 millions pour l’ensemble du Québec. Ce fonds doit permettre au gouvernement du Québec des prises de participations dans des entreprises des secteurs des mines et des hydrocarbures. Pour ce qui est des hydrocarbures, la participation gouvernementale vise à soutenir « la réalisation de puits exploratoires et d’essais d’extraction rendant possible une évaluation du potentiel pétrolier et gazier… »[3]

Les objectifs politiques du gouvernement Couillard sur le développement des hydrocarbures sont clairs et nets. Ses postures et contorsions pour faire croire le contraire ne relèvent que de la démagogie et de la manipulation. Pas étonnant que lors d’une rencontre avec des ministres du gouvernement Couillard, tenue le 6 juin dernier, les organisations patronales aient déclaré que « le gouvernement et les entrepreneurs sont bien alignés sur les mêmes priorités. »

La lutte contre la loi 106, construire un front de résistance actif et militant

La politique gouvernementale sur les hydrocarbures est irresponsable, car elle méprise les préoccupations environnementales. Elle est antidémocratique.Elle ne peut s’expliquer que par la défense acharnée des intérêts des amis du régime libéral, la défense des intérêts des capitalistes oeuvrant dans les secteurs pétrolier et gazier et du capital financier qui cherche à y faire des profits juteux. Le dire clairement, c’est dire les fondements de la dérive autoritaire de ce gouvernement et estimer la hauteur de la mobilisation qui sera nécessaire pour le faire reculer.

Mais la détermination des groupes qui s’opposent à la loi 106 sera au rendez-vous. Déjà, les principales forces citoyennes impliquées dans ce combat proposent d’organiser la résistance pacifique pour barrer le passage des foreuses y compris par des moyens de désobéissance civile. Des organisations environnementales, syndicales, municipales se rappellent de la victoire remportée contre Jean Charest lors de l’offensive des gazières pour imposer la fracturation hydraulique dans la vallée du Saint-Laurent. Elles ont depuis ce temps fédéré les organisations citoyennes existantes et renforcé leurs capacités d’initiatives. Dans le mouvement syndical, les réflexions ont progressé et des syndicats ont rejoint les organismes impliqués dans ce combat. Un front de résistance pour bloquer l’exploitation pétrolière et gazière peut être construit et mobiliser largement. Il pourra le faire d’autant plus, qu’il saura démontrer par des propositions concrètes qu’une transition énergétique est possible et nécessaire.

9 décembre 2016 devant l’Assemblée nationale, contre l’adoption du projet de loi 106 sous le bâillion, une Vigile permet à des intervenant-e-s d’affirmer leur détermination à continuer la lutte.






Notes

[1] Ève-Lyne Couturier et Bertrand Schepper-Valiquette, De la nationalisation à la privatisation, in Iris, Dépossession, une histoire économique du Québec contemporain, Lux Éditeur 2015, p.226

[2] idem, p. 229

[3] Ressources Québec, www.economie.gouv.qc.ca/bibliotheques/programmes/aide-financiere/fonds-capital-mines-hydrocarbures/


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