vendredi 28 juillet 2017

Le baiser de l'art


Parlons cinéma avec Francis Lagacé


Le baiser de l'art 

26 juillet 2017

Mes trop courts et trop peu fréquents séjours dans la plus belle ville du monde sont toujours riches d'enseignements, d'observations et me sont occasions de réflexions sans cesse relancées par l'abondance des expériences.

Nulle part ailleurs, il y a tant de diversité dans l'offre cinématographique. La magnifique pratique de présenter les films dans leur version originale avec sous-titres permet de mieux sentir l'esprit qui préside à leur création. Mais on touche parfois à d'étranges paradoxes.

Ce jeudi matin-là, j'étais seul dans la salle du MK2 Beaubourg pour assister à la projection du charmant film Un Bacio du réalisateur Ivan Cotroneo, inspiré par son propre roman du même titre. C'est troublant de se dire qu'on a le plaisir de rire et pleurer tout seul en jouissant d'une projection privée tout en constatant justement que sont privés de ce plaisir toutes les personnes qui ne s'y sont pas présentées.

Mais pourquoi donc ce film italien était-il annoncé au cinéma sous le titre anglais de One Kiss ? Pourquoi son titre original n'était-il pas conservé ? Ou à tout le moins le titre français : Un baiser. Quelle est l'utilité d'annoncer à Paris un film italien sous un titre anglais ?

À partir d'ici, si vous aimez les films juste pour connaître l'histoire, vous devriez peut-être arrêter de lire et chercher sur le Net comment commander le DVD. Les autres, qui comme moi aiment les films pour leur réalisation, leurs images, leurs sons, leur montage, le jeu des actrices et acteurs ainsi que tous ces détails qu'on veut ressentir, continueront leur lecture et commanderont ensuite le DVD.

On retrouve un jeune homme gai qui s'assume et fréquente le lycée fringué de façon flambloyante. Soumis aux brimades des intolérants, il s'échappe dans la musique dance et, dans son imagination fleurie, volètent des papillons multicolores pendant qu'il est acclamé par une foule en délire. L'œuvre est tout ce qu'il y a d'esthétique tout en restant des plus accessibles grâce à un dosage judicieux du réalisme magique.

Lorenzo, le protagoniste principal, forme avec Blu et Antonio un trio joyeux qui aime choquer la galerie. Fait rare, le garçon bénéficie de l'appui de ses parents adoptifs, qui l'ont choisi justement parce qu'ils promeuvent l'égalité et la diversité.

On touche encore une fois le paradoxe européen (ou le colonialisme états-unien) quand on constate que Lady Gaga est reine des chansons entendues, alors qu'on aurait pu en profiter pour faire valoir tant de belles pièces musicales italiennes (parce que je sais qu'il n'en manque pas, étant un auditeur de leurs radios) sans éliminer la reine du disco.

Le trio souffre du complexe cornélien comme il se doit : Blu (la fille reject) est intriguée par Lorenzo (le gai trop « voyant ») qui lui aime Antonio (le sportif à qui on ne reconnaît aucune autre qualité), ce dernier étant épris de Blu.

Le film vaut amplement le détour et serait un chef d'œuvre incomparable si on n'avait pas raté la fin. En effet, poussé par l'homophobie intériorisée, Antonio finit par tuer Lorenzo ne supportant pas son affection et souffrant du mépris que cela suscite dans son entourage sportif. Toutefois, une fin alternative nous est offerte : dans le rêve de Blu, Antonio dit tout simplement à Lorenzo qu'il n'est pas encore prêt, et le trio s'ébroue gaiement dans un cours d'eau.

On aurait dû inverser la fin et montrer que la conclusion attendue par la société (le meurtre de Lorenzo) est déroutée par la chute réelle où Antonio accepte la différence. C'était l'occasion idéale de montrer une finale heureuse, d'autant que Lorenzo était soutenu par ses parents. Sans être didactique, la conclusion aurait été toute naturelle pour ce trio magique.

Cela dit, Un Bacio, par la richesse de ses scènes, par la beauté des images, par la complexité des personnages, par la luxuriance du réalisme magique, par son montage habile tout en étant facile à suivre, est un plaisir cinématographique mémorable qui me hante heureusement depuis et dont les flashes m'assaillent encore de façon inattendue pour continuer à me réjouir.

LAGACÉ, Francis

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